« UBUSHINGANTAHE N’EST
PLUS UNE VALEUR DE PREDILECTION ». ET POURTANT SI !
Dans son projet de
société, le Parti CDP a notamment choisi de réhabiliter le sens de
la probité, que dans notre langue nous traduisons par
« ubushingantahe », comme critère de choix des hommes et
des femmes qui doivent assumer les responsabilités
politico–administratives, et, de ce fait–même, comme une
valeur dont le Burundi ne peut se défaire. Un certain Jean Claude
Mubisharukanywa n’a pas digéré cette politique. Dans un
article qu’il a mis en ligne le 29 avril 2008, il n’a pas mis de gants dans son
insurrection contre cette
politique, dont les couleurs ont été annoncées par un
article, «L’ASSASSINAT
D’UBUSHINGANTAHE : UN COUP DE POIGNARD DANS LE DOS DE LA BONNE
GOUVERNANCE AU BURUNDI », signé le Président du Parti CDP en personne, et qui est toujours
consultable sur le site du Parti : WWW.CDP-BURUNDI.ORG, rubrique Analyse.
Pour Monsieur
Mubisharukanywa en effet, « ubushingantahe » n’est
plus ni une vertu de prédilection,
ni un vocable encore dans le
vent.
Et pourtant si !
Assumant mes fonctions
de Porte-parole du Parti CDP, j’ai voulu réagir à ses
propos d’une rare dangerosité pour ne pas dire perversité, qui, s’ils se divulguent dans les
esprits de nos enfants,
risquent de faire que le Burundi de
demain, disons-même de tout à l’heure, voie son âme définitivement enterrée.
Pour permettre à
vous lecteurs de bien nous suivre sans vous exposer au torticolis du spectateur
de jeu de tennis de table, je vous
fais partager texto, de prime abord,
l’article de Monsieur Mubisharukanywa :
L’ORDRE INITIATIQUE D’UBUSHINGANTAHE ET L’ASSASSINAT DE
LA DÉMOCRATIE
mardi 29
avril 2008 par Jean-Claude Mubisharukanywa
Le
29/04/2008
« Vu
les différentes interprétations et les équivoques qui,
actuellement chevauchent, dans les esprits des Burundais sur les concepts
d’ubugabo et d’ubushingantahe, nous pensons que l’analyse
semio-anthropologique d’ubugabo peut nous apporter lumière
[…]. Considérant l’importance du concept
d’ubushingantahe dans la mentalité traditionnelle burundaise, il
serait même insensé de parler de démocratie dans le
contexte burundais sans revenir sur la valeur socio-anthropologique que nous
procure ce concept […] En tant que tel, ubushingantahe est un concept
éminemment philosophique au sens socratique du terme […].
S’agissant du contexte historico-anthropologique en effet, rappelons que
l’aisance matérielle se trouvait être la condition
quasi-sine qua non pour être investi umushingantahe […]. Avant de
nous lancer dans la critique profonde de ces critiques, nous rappelons
qu’Ubushingantahe est une notion éminemment philosophique ».
Tel est un
extrait de textes tirés d’un article intitulé «
L’ASSASSINAT D’UBUSHINGANTAHE OU COUP DE POIGNARD DANS LE CŒUR
DE LA BONNE GOUVERNANCE AU BURUNDI », paru le 30 octobre 2007, sous la
plume de Monsieur Anicet NIYONKURU, pour le compte du « Conseil Des
Patriotes », CDP en sigle, une association burundaise à objectif
politique basée en Allemagne.
Ce jargon
pourtant vague mais que l’auteur voudrait faire passer pour «
éminemment socrato-philosophico-semio-socio-historico-antropologique
» pour expliquer les concepts d’Ubugabo et d’Ubushingantahe,
n’est en réalité qu’une façon d’en
cacher sa vacuité. En effet, tout au long de son article, tout lecteur
avisé aura constaté le sophisme avec lequel l’ancien
animateur du journal NYABUSORONGO essaie d’associer deux concepts qui
sont pourtant mutuellement exclusifs : le concept d’Ubushingantahe et la
notion de bonne gouvernance.
Qu’est-ce
que la « bonne gouvernance »
Qu’est-ce
que la gouvernance et comment se porte-t-elle au Burundi ? En d’autres
termes, bonne ou mauvaise.
« La
gouvernance est la façon dont l’autorité publique est
exercée, c’est-à-dire l’usage de
l’autorité publique, de la pratique de contrôle sur une
société et de la gestion de ses ressources pour le
développement économique et social ».
C’est
la seule définition du concept de « gouvernance » qui
requiert plus de consensus, y compris celui de la Banque Mondiale.
La gouvernance ne doit pas viser seulement le développement ; il
faut aussi que ce développement soit « un développement
durable », c’est-à-dire un développement qui définit
des schémas viables et conciliant les trois aspects économique,
social et environnemental (au sens large du terme) de l’activité
humaine. Pour y arriver, il faut savoir rompre avec certaines visions surannées,
qui ont toujours fait de la Terre un havre de bonheur pour certains sans se
soucier des générations futures. Ainsi, dans le Burundi ancien du
temps de ces « sages bashingantahe », on s’est toujours fait
répéter « Burundi bwa ba sokuru » (le Burundi de nos
ancêtres). La vérité est que tous ces refrains que nous
avons toujours répétés bêtement ne font guère
référence aux besoins des générations futures.
Aujourd’hui,
fort heureusement, et pour la première fois dans l’histoire du
Burundi post-bashingantahe, on commence à voir émerger au Burundi
une génération de politiciens qui ont compris le sens réel
du « développement durable ».
Par
exemple, le gouvernement du Burundi, issu de la volonté populaire lors
des élections de 2005, s’est empressé de prendre certaines
mesures qui rompent totalement avec les anciennes pratiques. C’est ainsi
que le jour même de son investiture le 26 août 2005, le
Président de la République, Pierre NKURUNZIZA a annoncé la
mesure de gratuité scolaire pour tous les enfants de l’école
primaire.
En mai
2006, il a annoncé la gratuité des soins de santé pour
tous les enfants de cinq ans et moins, et pour toutes les mères
enceintes jusqu’à la fin de leur maternité. Une fois
l’enfant né, ses soins de santé sont entièrement
pris en charge par l’Etat jusqu’à l’age
pré-scolaire de cinq ans, avant de commencer l’école
primaire gratuitement, aux frais de l’Etat.
Des
mesures qui démontrent dans les faits l’existence d’une
volonté réelle d’assoire une bonne gouvernance au Burundi,
des mesures qu’aucun des régimes du temps des Bashingantahe
n’a jamais envisagées. Pour la simple raison que, au regard de
l’histoire de notre pays, les Bashingantahe auront peut-être
excellé dans tout, sauf justement en matière de démocratie
et de bonne gouvernance.
Un ordre
initiatique fantôme
« Le
concept d’Ubushingantahe étant non seulement substantiel à
l’âme du Murundi mais aussi universel, on ne peut
l’assassiner sans que du coup ne soient assassinés le Burundi et
l’humanité dans ce qu’ils ont de consubstantiellement commun
».
Les
prémisses de cette formulation sont d’abord fausses à
plusieurs titres. D’abord, il est faux de dire que l’Ubushingantahe
est un « concept substantiel à l’âme du Murundi
» dès lors que l’auteur écrit lui-même que
l’adhésion à cet ordre initiatique était
réservée à une certaine classe qui en avait les moyens,
surtout matériels. Contrairement à ce qu’affirme
l’auteur, l’ubushingantahe est un concept qui est loin des soucis
du commun des Barundi. C’est donc trop prétentieux de conclure que
le concept est universel quand bon nombre de Burundais ne savent même pas
ce qu’était réellement un umushingantahe.
Que le
concept disparaisse donc ou soit même « assassiné »,
du moins selon les prédictions nostradamusdesques de l’auteur,
l’humanité n’en serait pas bouleversée pour autant.
En Allemagne après la défaite infligée aux Allemands par
les forces alliées contre les folies racistes et expansionnistes
d’Adolphe HITLER, les Allemands ne donnent plus le prénom
d’« Adolphe » à leurs enfants. C’est
formellement interdit. Mais cela n’empêche qu’il y a au
Burundi des parents qui, même aujourd’hui, continuent de donner le
prénom d’Adolphe à leurs enfants. Tout comme rien
n’empêche à quiconque le veut de se faire appeler
"umushingantahe".
Pourtant,
dans le cas de l’Allemagne, le régime nazi était une
institution forte, ce que ne l’est pas et ne l’a jamais
été l’Ubushingantahe au Burundi, qui n’a jamais
été une organisation légalement constituée.
C’est d’ailleurs l’absence de ce caractère
légal qui lui retire de facto son attribut d’ « institution
».
Nous
disons donc que l’Ubushingantahe, qu’il soit à titre de
vertu individuelle ou d’organisation, n’a jamais été
une institution comme telle, mais plutôt un ordre initiatique comme on en
voit partout ailleurs dans le monde, et à différentes
époques de l’histoire de l’humanité. Dans le cas du
Burundi, « KWATIRWA » était donc le rituel ou la
cérémonie initiatique qui conduisait à
l’adhésion à cet ordre initiatique pour le moins
controversé.
Les
Bashingantahe ne se sont donc jamais constitués en une véritable
institution. Par contre, beaucoup d’entre eux se sont constitués
en de véritables exterminateurs dans les différents drames
sanglants qui ont endeuillé notre pays.
Et ce
n’est pas l’ancien animateur du défunt journal NYABUSORONGO
qui nous prouvera le contraire puisqu’il reconnaît lui-même
ce qu’il appelle « la traîtrise civique et patriotique de
beaucoup d’hommes politiques qui se prévalaient pourtant de ce
titre de Bashingantahe ».
« A
ce qui est des défaillances graves à travers l’histoire,
elles sont en partie réelles : beaucoup [de bashingantahe] ont
effectivement trahi », écrit-il dans son article.
La
vérité est qu’ils n’ont pas seulement trahi, ils sont
en grande partie responsable des drames sanglants qui ont frappé notre
pays, notamment les tueries sélectives et ciblées
déclenchées un certain 29 avril de l’an 1972, et
l’assassinat de la démocratie le 21 octobre 1993.
Jean-Claude
MUBISHARUKANYWA
L’article de mon
cher ami et compatriote Mubisharukanywa comportant nombre de passages qui sont d’une
lisibilité pénible pour ne pas dire impossible, je
réagirai seulement à certains sous-thèmes. J’en ai
retenu quatre :
-
la lecture oblique et de
façon exprès faite des vérités évidentes que
son interlocuteur avait véhiculées ;
-
la fuite en avant par rapport
au vrai message en choisissant de s’occuper des fausses questions ;
-
l’affront fait au concept
d’ubushingantahe en le mettant sur la même échelle de
valeurs que le nazisme ;
-
l’affront fait à
la Nation en considérant toute sa conception traditionnelle du droit
comme illégale.
1.
La mésinterprétation
malheureuse et voulue de
l’article sur l’ubushingantahe
Evoquant les notions
d’« ubushingantahe » et
d’ « ubugabo», la première voulant dire en
bref
« sagesse » quand la seconde signifie
« vaillance », le Président du CDP
s’était évertué
à souligner la différence qu’il y a entre les deux,
notamment en insistant sur le fait qu’umugabo pouvait acquérir ce
titre par la force et sans la confiance préalable de son entourage, ce qui est tout le contraire de
l’umushingantahe.
Mais dans sa
façon propre à lui de comprendre la comparaison
différenciatrice, notre
lecteur n’a pas manqué de souligner que le Président du CDP
a réduit l’ubushingantahe à l’ubugabo : « vous associez deux concepts qui sont pourtant
diamétralement exclusifs ».
D’abord,
c’est regrettable pour un Burundais de dire qu’ubugabo et
ubushingantahe sont des concepts diamétralement opposés. Je
crois, je peux me tromper mais là
ce sera à mettre justement sur le compte de l’erreur et non
d’un mensonge, que les deux notions entretiennent des rapports
d’inclusion et non d’exclusion. Umugabo peut bel et bien être
umushingantahe ! Et c’est curieux d’entendre de la bouche
d’un Burundais qu’umugabo et umushingantahe sont deux concepts
diamétralement opposés, si l’on sait que le Burundi
n’échappe pas à la philosophie phallocratique que l’on
prête à l’humanité en général et à
l’Afrique en particulier
! Et pour cause, une femme ne
pouvait, dans le Burundi traditionnel, être investie umushingantahe, si
bien que « umushingantahe » et umugabo sont, par
métonymie conceptuelle et factuelle, devenus quasiment synonymes, comme du
reste le sont « monsieur » et
« homme »!
Donc, non seulement
Mubisharukanywa fait dire au Président du CDP ce qu’il n’a pas dit, mais il
en fait aussi et surtout une
interpellation on ne peut plus erronée. Que je sache, dans la conception
traditionnelle et primitive de la sagesse, qui n’est pas l’apanage
des Burundais, tout Mushingantahe était de fait umugabo ! Dites-moi
alors comment les deux concepts sont mutuellement exclusifs !
Dans ce même
registre des lectures obliques, il s’indique de souligner la confusion
que fait le fameux Mubisharukanywa entre un concept et le mot qui le
matérialise.
Monsieur Mubisharukanywa
réfute le caractère universel du concept d’ubushingantahe.
Visiblement, il confond - et j’ose espérer que c’est par
mauvaise foi car il serait impensable qu’un analyste politique se trompe
sur une notion aussi simple - la notion de « signifiant »
et de « référent », ou, pour être
encore plus simple, la notion de
« conception », d’expression ou de
« matérialisation
verbale d’un concept » et le concept lui-même . Quand
au niveau du CDP nous disons
qu’ubushingantahe est un concept universel, nous ne voulons pas dire que
les Dagali du Burkina Faso, les Bamileke du Cameroun, les Fong du Togo ou du
Bénin, les Akans de Côte d’Ivoire ou du Ghana, les
Occidentaux et autres Asiatiques..., qui tous ont eu des Behanzin et autres Socrates
et Gandhi à vénérer, eh bien nous ne voulons pas dire
qu’ils les appelaient
« abashingantahe », et moins encore qu’ils les
investissaient à la manière de nos bashingantahe ! Nous voulons dire tout
simplement que tous les peules du monde entier ont un penchant aux
attributions du concept d’ubushingantahe. En effet, ubushingantahe a
entre autres attributions la sagesse, la
probité, la disposition de l’esprit à rendre justice et
à garantir, quel qu’en soit le prix, l’équité,
la paix, la sécurité, bref, le bien-être de tous et de
chacun, donc cette propension à refuser la
médiocratie et la mesquinerie dans l’agir et le dire. Alors, je
veux que l’on me dise un seul peuple au monde pour qui ces attributions sont des anti-valeurs,
des oripeaux à se dévêtir !
Que les gens qui sont
censés incarner cet esprit trahissent, c’est une autre
question ! Des pasteurs et autres prêtres ont failli à leurs
missions ; hier, aujourd’hui et demain, des Bishops,
évêques et autres muftis
ont chanté, chantent et chanteront
« Alléluia », « Ave
Maria » et autres « Allahou wa kubaru » devant
des ouailles hypnotisés, avant que quelques heures plus tard on les entende tremper dans des tueries et
des malversations dignes d’un gang de diables. Va-t-on, pour autant,
cesser de considérer la religiosité comme quelque chose
d’inhérent à tout être humain, donc d’absolu,
d’universel ? Aucun anthropologue de la religion n’a
développé cette thèse ; pas plus qu’aucun
anthropologue de la politique n’a démontré
l’existence d’un peuple réfractaire à la sagesse, que
nous les Burundais nous avons codifiée en ubushingantahe ! Aucun
peuple au monde ne peut dérouler un tapis rouge à la
médiocratie ! Et c’est de cela que nous voulons dire au
niveau du CDP, et c’est ça qui est la vérité ;
toute autre interprétation se trouve être une fuite en avant.
2. La fuite en avant par rapport
au sens même du vrai message
Le titre de
l’article était bel et bien : « L’assassinat
d’ubushingantahe ou un coup de poignard dans le cœur de la bonne
gouvernance. »
Quand l’on a à faire un commentaire composé, la
méthodologie nous recommande de non seulement bien lire le titre, mais
d’en repérer les mots clés. C’est du moins ce que
l’on m’a appris à l’école, peut-être que
je n’ai pas bien assimilé ma leçon !
Dans son commentaire
composé - car de toute façon il n’est question que de cela
-, le brave Mubisharukanywa a cherché son mot clé, et a
trouvé « gouvernance ».
Quant l’on
déshabille le mot gouvernance de son qualifiant
« bonne », on a toutes les chances de tomber dans la
conception machiavélique de la gestion de la société -
donc la politique au sens étymologique du terme - ; on court le
risque d’envisager la politique selon ce qu’elle est et non selon
ce qu’elle doit être. Et le brave n’a pas pu tenir tête
à cette tentation. C’est ainsi qu’au lieu de nous
définir la bonne gouvernance, il s’est perdu dans le faux
débat et nous a présenté une définition inutile et
inutilisable, prosaïque et fade, de la gouvernance. Depuis L.S Senghor,
à qui la langue de
Molière doit ce néologisme, le plus néophyte des politiciens
sait ce que c’est la gouvernance ! Quant à la bonne
gouvernance, voilà le vrai débat ! Et évitant
d’afficher son gène de trouver un signifiant de la bonne
gouvernance dans le champ de son inspiration qu’est le gouvernement
actuel, Mubisharukanywa ne pouvait faire mieux que de seulement parler des attributs de
la gouvernance. Et pour lui,
« la gouvernance ne doit pas viser seulement le développement
; il faut aussi que ce développement soit « un
développement durable ». Quel truisme !
Et comme manifestation
de ce « développement durable », notre ami aligne
« la gratuité de la scolarité et de la
santé ».
Il n’y a pas un
seul homme au monde qui ne se réjouirait pas de gratuités. Mais
n’oublions pas que le Cheval de Troie s’est aussi donné
gratuitement ; n’oublions pas que le poison aussi se donne
gratuitement !
Si donc je suis bien
Mubisharukanywa, le développement durable, ce sont des classes où
cinq gosses se partagent un banc de quelques 60 cm, ou un enseignant dont le
salaire permet d’acheter à
peine un sac de riz de 25 kilos se retrouve devant 200 à 300 gosses
à suivre et autant de copies à corriger, donc un enseignant qui
produit des scolarisés analphabètes, ou, pour faire appel au
vocabulaire des pédagogues
quand ils qualifient une éducation inutile et inutilisable, un
« enseignement au rabais »!
Et comme nier
l’ubushingantahe ne suffisait pas, il fallait le mettre sur la même
échelle axiologique que le nazisme.
3. Associer l’ubushingantahe au nazisme : quel
nihilisme !
Je savais que parmi mes
compatriotes il y en avait de nihilistes, mais j’ignorais que quelqu’un pouvait affectionner le propos
déplacé jusqu’à dénicher quelque chose
de positif dans le nazisme !
Pour notre compatriote
en effet, « dans le cas de
l’Allemagne, le régime
nazi était une institution forte, ce qui ne l’est pas et ne
l’a jamais été de l’ubushingantahe au Burundi, qui
n’a jamais été une organisation légalement
constituée ».
Ecce
Homo !
D’abord je ne suis
pas juriste, et l’on m’en excusera ; le peu de connaissances
que j’ai des arcanes du droit des institutions ne relèvent que de la curiosité de tout
humaniste au sens scolastique du
terme ( c’est -à - dire
chercher à avoir une idée sur tout et rien du tout
comme tout), mais je crois que
j’en sais assez pour ne pas confondre un régime et une
institution.
Ceci étant, le
régime nazi, et je suis désolé, était
peut-être une idéologie et non une institution !
Ensuite, affirmer que
l’ubushingantahe n’était pas une institution, c’est
gravissime ! Quand on est politicien ou politologue et que l’on veut
fonder son argumentaire sur des éléments du passé, il est
conseillé de ne pas parler
des sujets se rapportant à
des choses dont on ne se
souvient pas bien ! Je
voulais rappeler à qui l’aurait
oublié que dans le Burundi traditionnel, il y
avait, à côté
de celle des bashingantahe, au moins cinq autres institutions et qui, comme aujourd’hui dans les
démocraties non « génétiquement
modifiées », ne trouvaient à redire quand l’institution des
bashingantahe avait dit le droit ! Six institutions donc en tout, à
savoir :
-
Ubwami la monarchie ;
-
Abagabo ou la magistrature
assise dépendant directement du roi, dont personne ne pouvait
siéger s’il n’avait pas été investi
« umushingantahe », kwatirwa ;
-
« Abashikirangoma »
(vocable dont on s’est inspiré pour trouver la traduction kirundi
de Ministres « abashikiranganji »), donc le
gouvernement ;
-
« Abanyamabanga »
l’institution des détenteurs des secrets dynastiques ;
-
Abatware les administratifs des
territoires ;
- et, indispensable et ubiquiste,
l’institution des bashingantahe !
Et comme je le disais
tantôt, aucune de ces institutions ne pouvait statuer sur un cas de droit
en l’absence des
bashingantahe ! Elles n’avaient même pas le droit de
dire le droit ! Dois-je ajouter que le roi ne pouvait même pas entrer en guerre contre un ennemi
quelconque sans l’aval préalable des bashingantahe réunis en conseil
ad hoc?
Si avant d’entrer
en guerre contre ses ex-frères d’armes Nkurunziza avait
consulté des Bashingantahe, c’est sûr que les Burundais
auraient vu leur épargner trois ans d’une prolongation belliqueuse
sans rime ni raison !
Dans tous les cas, avancer que les bashingantahe ne constituaient pas
une institution, c’est affirmer qu’avant la justice
à l’occidental, il n’y avait jamais eu de pouvoir judiciaire
au Burundi. C’est une cinglante gifle à
l’honorabilité des sages qui ont fait du Burundi ce qu’il
est aujourd’hui ! Et
c’est justement l’abîme
où s’est précipité l’article de
Mubisharukanwa : « Ubushingantahe
n’a jamais été une organisation légalement
constituée », dit-il ! Une affirmation gratuite
de plus, que justement faute d’arguments il n’étaye même pas, se confondant dans les ratés
de cette institution à quoi il creuse la tombe au lieu d’en exploiter et
d’en pérenniser le côté positif, comme si toutes les
institutions burundaises qui existaient au moment des pires catastrophes historiques ou celles qui
maintiennent aujourd’hui le pays dans le chaos devraient disparaître !
Disparaîtraient,
à ce compte-là, et l’institution présidentielle qui
a échoué à finir la guerre, et l’institution
législative qui vient de
passer trois ans dans l’auto- paralysie et l’inaction tout en ne
supportant pas quand même un seul mois d’arriérées de
salaires ou une seule heure d’arriérés de jetons de
présences, et l’institution « justice » qui
nous dit qu’il faut des « confessionats publics »
pour identifier même une personne parmi celles qui ont massacré plus de 300.000
personnes en un mois, etc.
Je peux accorder
à monsieur Mubisharukanywa l’argument de la faiblesse de l’institution
d’ubushingantahe, même si je ne vois pas à quelle autre
institution burundaise il l’oppose pour valider cette évaluation.
Mais de là faire le tour de
toutes les autres institutions du monde entier pour ne tomber que sur le nazisme comme la seule capable de
lui offrir une meilleure échelle de comparaison, j’ignore les
intentions qui l’animent, mais en tout état de cause, il est
dangereux ce type !
4. La considération de la justice pré-coloniale
comme ayant toujours été illégale
Pour Mubisharukanywa,
« ubushingantahe n’a jamais été une institution légalement
constituée » (
C’est moi qui souligne).
N’étant pas
juriste, je l’ai dis et je le répète, j’ignore peut-être ce que
cela veut dire « institution légalement
constituée ». Mais me fondant sur une loi du raisonnement par
élimination dialectique qui veut que lorsqu’on dit «
toi tu es... » on sous-entend « moi je ne suis
pas... », je comprends vite qu’il veut dire que les juridictions de nos jours
sont, elles, « légalement constituées ». Et
c’est là que j’y perds mon latin ! La seule
différence que l’on puisse établir entre le
« droit du Blanc » et celui de nos
« bashingantahe » réside au niveau de la
dénomination des « autorisations » pour le
dire : la première requiert un diplôme qu’on donne
solennellement à l’issue d’une séance qu’on
appelle « soutenance de mémoire - ou de thèse -, donc
un diplôme de fin d’études universitaires ; la seconde
s’acquiert à l’issue
d’une séance qu’on appelle « investiture
à la probité « ukwatirwa ». Et dans les
deux cas, les candidats doivent avoir de
l’« avoir »[1].
Et soit dit en passant, ceux qui fustigent l’Ubushingantahe à
cause notamment des mangeailles et buvailles que l’impétrant offrait le jour de
l’investiture font semblant d’ignorer qu’aucune investiture
au monde, obtention d’un diplôme, ordination, baptême,
confirmation... , prestation de serment des chefs d’Etat.... ne se fait
sans que l’on fasse ripaille !
Revenant à
l’illégalité dont Mubisharukanywa taxe l’investiture
à l’ubushingantahe, je voulais lui rappeler que cette investiture
couronnait une formation j’allais dire scolaire, comme elle l’est toujours actuellement, dans
le droit venu du Blanc . En effet, dix
étapes au moins étaient nécessaires :
1.
kuba umukungu
w’inyuma ;
2.
kuba umukungu
w’imbere ;
3.
kuja mu mutamana ;
4.
gufata intahe ; (comme
teste, pour évaluer surtout sa capacité de mémoire[2]
et ses aptitudes parologiques )
5.
kwatirwa ;
6.
kuba bitumwako mu gushinga
n’ukubaza ;
7.
kuba bitumwako mu kumena
impuri ;
8.
gushobora guhabwa ijambo mu
mwiherero ;
9.
gushobora
« gusoma » (gushikiriza) urubanza ;
1O. gushobora gufata
ingingo.
C’est dire donc
que nos bashingantahe d’hier et nos hommes de robe
d’aujourd’hui se rencontrent sur un point : la soumission
à une formation rigoureuse, et qui, dans les deux cas,
s’étalent sur plusieurs années !
Et c’est ce qui
fait dire à Monsieur Anicet Niyonkuru, le Président du CDP,
ceci : « La seule
école qui a existé dans le Burundi traditionnel est celle qui préparait
les gens à être un jour investis bashingantahe ».
A part donc ces deux types de formation, qui finalement ne diffèrent que
d’époques et de noms, je veux que l’on me dise un autre
critère qui ferait dire que les Bashingantahe du Burundi étaient issus
d’une institution illégale ; je veux que l’on me montre
en quoi nos juges d’aujourd’hui sont plus légaux que ceux
d’antan ! A moins que l’on me dise que
« légale » veut dire « inspiré
du model occidental » !
Ce qu’il
n’est pas tolérable d’ignorer, c’est que nos
bashingantahe étaient même, à la longue, mieux
cotés par les justiciables,
en comparaison avec nos juges d’aujourd’hui, et pour cause : à côté de la
maîtrise du sujet, ils étaient soumis à l’impératif
de la vertu, de la bonne entente familiale et sociale, d’encadrement
socio-moral des parties après
verdict pour parer à toute éventualité de
ressentiments chez les mauvais perdants,
ce qui n’est pas forcément le cas pour les diseurs de droit
d’aujourd’hui. Autrement dit,
« ubushingantahe » n’était pas
« ibango » un poste, mais
« ibanga » l’engagement à valeur morale.
C’est d’ailleurs cette différence qui fait dire au Père Barengayabo, professeur
dans la Faculté de Droit, à qui d’aucuns doivent honneur et
respect dans le domaine :
« Icishe Uburundi, dufise abacamanza ;
nta bashingantahe dufise » (= le
drame burundais, nous avons des juges, et non des sages »)
Qui dit mieux ?
En un mot comme en cent,
je persiste, insiste et signe : le Burundi est malade de la carence des
bashingantahe. Et puisque ce concept est universel - je l’ai dit, je le
maintiens et je le dirai toujours jusqu’à ce que l’on me
prouve le contraire -, nous
en débarrasser serait nous débarrasser de l’humanité tout
court !
A vous monsieur
Mubisharukanywa ( vous apostropher
par « monsieur » je sais que ça ne vous
gène pas, mais vous prenez feu pour peu que l’on vous appelle par
« mushingantahe » !) , je dis donc : quand
nous disons que les Burundais ont
perdu le sens d’ubushingantahe, nous ne visons personne
particulièrement. Et je veux
bien que le vocable « ubushingantahe » vous gène, vous et le club dont vous
êtes le porte-drapeau. Alors c’est votre droit de le renier ;
c’est, de ce fait-même, un problème d’individus, et
non celui du peuple Burundais. Ainsi,
n’embrigadez pas les Burundais dans un choix des individus qui renient ce
que d’aucuns revendiquent comme instrument de mesure de
l’idéal de la vie sur terre, depuis les aborigènes
d’Australie jusqu’à la communauté terrestre la plus
extra-terrestre ! Et en attendant que votre académie nous fournisse
un autre vocable, soyez averti de notre politique de la promotion de la sagesse burundaise par
les mots du stock lexical burundais disponibles et toujours valables ; au lieu
de vous emporter et de vous cacher derrière la logomachie,
accommodez-vous de notre
vocabulaire réfléchi, de
notre fouge de nous dresser contre quiconque voudra faire de ce qui fait
l’idéal du tissu de l’humanité un oripeau !
Sébastien Ntahongendera,
Secrétaire Général et Porte-parole du CDP.
[1] Comptez ce que l’on dépense
comme frais de scolarité jusqu’à l’obtention
d’un diplôme universitaire !
[2] Car là il
n’y avait pas de greffiers; tout ce qui se disait se retenait par
cœur. Et avant de donner son
appréciation personnelle de
la situation pour un justicier, le juge devait reprendre mot à mot tout ce que celui-ci avait dit!
Un véritable exercice
de mémoire!
DU
GENOCIDE HUTU DE 1972 : UN REVISIONISME DANGEREUX !
A l’occasion du
36ème anniversaire du génocide hutu, nous avions lancé un message demandant à
ceux qui le pouvaient de nous envoyer leurs témoignages. Un internaute nous a entendu de ses deux oreilles ; il nous a envoyé ce message,
auquel nous avons réagi. Voici les deux éléments du « rendez-vous du
donner et du recevoir » :
Message de
l’internaute :
Bonjour, imbere yukuvuga genocide il faut chercher la signification avant le temoignage ,kuko ivyo ntivyubaka birasambura ahubwo ituma abatutsi bafata i birwanisho bihore un jour ,none ko Amerique yatwaraabirabure bunyamwaswa kubagira abaja tuvuge genocide!!! ,ko Israel imaze kwihora yica abagabo ibaziza yuko boba ari aba terroliste tuvyite genocide!!! ,genocide umuntu yica adatoranije sans distinction aucune en 1972 ni massacre des intellectuels bien sur "c'est un crime contre l'humanite!!!" uwutsinzwe ntibatsindaho mumuco wa barundi !! kuko 1972 il ya des preuves kukohari des orpherins usanga ari umu papa yaphuye gusa atawundi bakozeko preuve nta banduka 80% ya bahutu babategetsi ko bakuriye i burundi biga i burundibobo ko batabishe ou bien bariko bica benewabo babahutu la reponse est claire ...... genda mu Burundi hari des communes ata mututsi nuwumuti akiriho !!!!!!!! je regrette ,je regretterai , nous, la nouvelle generation turance iryo ragi rya, haine et vengeance ect ....... '"SO AKWANKA AKURAGA IVYAMUNANIYE" Vive la justice !Vive la liberation du peuple en danger !!! La patrie ou la mort nous vaincrons(Sankala)
Je vous remercie Gashikanyi I Pascal
RÉPONSE : Salut cher compatriote! Dans l'ensemble, votre message se résume en négation du crime de génocide qui a décimé, aux bas mots, toute l’élite hutu et tous les hommes éclairés, depuis le sénateur jusqu'au planton en passant par le catéchiste d'une cicurrisale. Vous nous laissez entendre ceci: "(...) faut donner la signification avant le témoignage". A première vue, je ne me suis pas retrouvé avec ce que vous appelez "signification", mais en lisant la suite, j'ai compris que vous vouliez dire "définition". Je vous la livre, et c'est celle que je tiens des sources autorisées, a vous de jugez : Dans sa résolution numéro 96 (1), l’Assemblée Générale des Nations Unies a donné la première définition du génocide : " LE GENOCIDE EST LE REFUS DU DROIT A L'EXISTANCE DE GROUPES HUMAINS ENTIERS, DE MEME QUE L'HOMICIDEEST LE REFUS DU DROIT A L'EXISTANCE D'UN INDIVIDU" Pour vous alors, n'avoir tué que les papas, et pas n'importe lesquels mais les éclairés, d'une même ethnie, après des listes préétablies, ça ne peut pas être un génocide!. Vous affirmez, en effet, ceci : "Henshi ni umupapa yapfuye gusa usanga ata wundi bakozeko". Et plus tard, vous dites encore : "Ni massacre des intellectuels".D'abord, est-ce que vous mesurez le degré de votre cynisme? Est-ce que vous vous rendez compte de ce qu'est pour un peuple massacrer ses intellectuels? Je vous laisse avec votre conscience! Et pour revenir aux interactions "génocide burundais - définition du génocide", je vous dis ceci : Retournez un peu dans la définition; essayez de comprendre ce que "groupe humain" veut dire. Et si vous ne concluez pas que les pères de familles constituent un groupe humain, faites montre quand même d'un minimum de raison et de conséquence dans votre raisonnement:
reconnaissez que les intellectuels, même hutu, constituent un groupes humains, et non des " mujeri" les chiens enragés et errants, comme en les liquidant les nommèrent les micombéristes, pour lesquelles vous semblez déterminé à prendre fait et cause. Et puisque vous insistez sur les définitions, je voulais vous rappeler que celle que je viens de vous livrer gracieusement a été, deux ans après son adoption, améliorée. Je vous fais gracieusement un des articles y afférents, assorti de la 3ème Assemblée Générale des Nations Unies : "LE GENOCIDE S'ENTEND DE L'UN QUELCONQUE DES ACTES CIS-APRES, COMMIS DANS L'INTENTION DE DETRUIRE, OU TOUT OU EN PARTIE, UN GROUPE NATIONAL, ETHNIQUE, RACIAL OU RELIGEUX COMME TEL." a) Meurtre de membres du groupe (pour vous, les intellectuels hutu ne sont pas des membres d'un groupe) ; b) atteinte grave à l’intégrité physique ou moral des membres du groupes (pour vous, idem) ; c) Soumission intentionnelle du groupe à des
conditions devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle (pour vous, priver les hutu de l’éducation pendant des décennies et de toutes ressources matérielles ne peut entraîner sa disparition, même partielle); d) Mesures visant à entraver les naissances aux sein du groupe ( pour vous l'assassinat des hommes, comme le Pharaon et Herode le firent des Israéliens, ça ne peut pas entraver les naissances) ; Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe... Bref, cher compatriote, vous vous livrez à un jeu d'un négationnisme vraiment dangereux! Je vous rappelle que sous d'autres cieux que le Burundi, le négationnisme est un crimes condamnable par la loi. Par exemple, la cour de cassation vaudoise (en Suisse, a confirmé le 18 juin 2007 le verdict prononcé par le tribunal de police de Lausanne condamnant Dogou Perincek, pour avoir nié publiquement le génocide des arméniens. Et puis, puisque vous semblez prendre fait et cause pour les micombéristes, vousgagneriez à préparer déjà votre défense, car l'heure n'est plus loin où une génération de Hutu et de Tutsi conscients que les Hutu massacrés constituaient un groupe d’êtres humains et non de chiens enragés, est en train de se constituer. Et bonne route dans la préparation de votre défense. Quant à votre chantage d'un groupe de Tutsi qui prendraient les armes pour s'opposer au jugement des génocidaires, je lui souhaite aussi courage. Mais ses bataillons tomberont à la première secousse; ils trouveront sur leur route des millions de Burundais rassasiés de cette politique de la folie!
La rédaction.