DECLARATION DU PARTI
CDP EN RAPPORT AVEC L’ENLISEMENT DES CHANCES DE LA PAIX DEPUIS LES
NOUVELLES ATTAQUES DU PALIPEHUTU-FNL
Anicet Niyonkuru
Président du Parti CDP
Burundaises Burundais ;
Chers amis des Burundais ;
Vaillants Patriotes ;
Voici que pour la énième fois, la
paix des Burundais, et par conséquent leurs efforts de se remettre des
décennies de calvaire, viennent d’être mis à
rude épreuve, après la reprise des affrontements entre le
PALIPEHUTU-FNL et le gouvernement.
Quand en 2003 nous avions acclamé à
juste titre l’arrêt d’une guerre qui pendant plus d’une
décennie avait directement endeuillé et
paupérisé au moins trois familles sur quatre parmi les
Burundais toutes ethnies confondues, aucun ne pouvait imaginer un seul instant
qu’après la guerre il y aurait la guerre ! Et quand le
7 septembre le mouvement PALIPEHUTU-FNL et le gouvernement avaient à Dar
ES Salaam signé un accord de cessez-le-feu,
tous nous avions espéré pouvoir vivre enfin un Burundi
guéri de vies de 24 heures pas certainement renouvelables. Hélas,
les récents événements viennent de nous repousser encore
vers un très lointain horizon par rapport à cet
espoir. Et comme si le mois d’avril était devenu pour les Burundais
une malédiction, voilà que c’est pendant le même
mois, où nous commémorons le génocide hutu de 1972, que ce
peuple revit encore dans une tourmente, qui pousse sur la route de l’exil
les enfants et les petits enfants des Burundais gisant dans des fosses communes
inconnues !
Burundaises Burundais ;
Chers amis des Burundais ;
Vaillants patriotes ;
Depuis la reprise de ces hostilités, des
déclarations ont fusé de toutes parts avec des tons accusateurs
par rapport aux responsabilités des uns et des autres dans
cette énième croix que l’histoire vient de poser
sur la tête des Burundais. En ce qui nous
concerne, l’heure n’est pas d’angéliser celui-ci et de
diaboliser celui- là ; c’est le moment de nous remettre en
cause, nous tous Burundais, et de savoir ce que nous voulons réellement.
Car la paix ne se bâtit ni sur la scène des tragi-comédiens
manichéens, ni sur l’auditoire de la résignation. Il y va
de la vie des Burundais et non des seuls politiciens et encore moins de leurs
griots ; nous devons tous comprendre que le moment est venu pour cesser de
nous contenter d’exister, mais de vivre !
Ceci étant, ceux qui, en parole, par action
ou par omission arrosent la semence de la mort, qui qu’ils soient,
doivent se retenir : les Burundais sont prêts à tout sauf à
une minute de plus dans la prolongation de la belligérance,
quelles que soient les justifications que l’on en puisse donner. Et au
lieu de verser dans l’équilibrisme lâche ou alors dans
la partialité fanatique, notre ferme conviction est que nous devons tous
nous mettre à l’école du respect de la vie des peuples !
A part les civils et les objectifs non militaires succombant aux tirs
orientés ou alors aux effets collatéraux, ces combattants du
PALIPEHUTU-FNL qui tombent sur le champ de bataille dans une guerre de trop,
sont des fils et des filles de la Nation ; ces militaires du gouvernement
qui ont fini la guerre pour reprendre la guerre, sont des fils et des filles de
la Nation ! Et nous faisant l’écho de Ghandi,
nous nous devons de rappeler aux Burundais que « Nul être
humain n’est assez parfait pour avoir le droit de tuer celui
qu’il considère comme entièrement mauvais ».
Burundaises Burundais ;
Chers amis des Burundais ;
Vaillants patriotes ;
En refusant d’intégrer le processus
de l’arrêt définitif des hostilités, le
PALIPEHUTU-FNL a évoqué le refus du gouvernement de
céder à certaines de ses revendications, en l’occurrence
l’amnistie, mais aussi l’occupation des postes de
responsabilité militaires, politiques et administratifs.
S’agissant de la question de l’amnistie, le Chef de l’Etat
s’est époumoné à expliquer à qui
pouvait l’entendre, dans son message à la Nation après les
attaques, que celle-ci n’est plus à l’ordre du jour,
étant donné qu’elle a été votée
à la majorité écrasante à l’Assemblée
Nationale et à l’unanimité au Sénat. Pourtant,
si l’on doit suivre l’autre partie jusque dans sa logique,
cette amnistie reste toujours suspendue en l’air ; les
modalités de sa mise en application s’entourent d’un certain
flou. Qui croire, qui ne pas croire, voilà une fausse question ! On
ne philosophe pas devant une maison qui brûle ! Si un tel malentendu
est de nature à plonger le peuple burundais dans le
tréfonds du désespoir, pourquoi ne pas le lever, et ainsi refuser
la chance à tout faux fuyant ? En ce qui est des postes, la pomme
de discorde viendrait du fait que les demandeurs se voient leur opposée
la constitution, et par-delà celle-ci la légitimité,
notamment quant ils réclament des sièges à
l’Assemblée Nationale. Ici encore, tout le monde a tort et a
raison ; seul le peuple a seulement raison : c’est le peuple
qui a voté cette Constitution ; c’est le même
peuple qui a mis en place ce Parlement. Si aujourd’hui on lui
demandait de choisir entre la poursuite d’une guerre et l’entrée
des non élus dans cette Assemblée Nationale, notre intuition est
que ses voix, plus nombreuses qu’elles ne l’avaient même
été lors du vote de cette Assemblée en 2005,
s’orienteraient du côté de la première
modalité. En tout état de cause, aucune loi n’est au dessus
de la vie, alors que tout ce qui est légal n’est pas juste !
Et quand il en va de la vie des peuples, la grandeur d’esprit patriotique
doit primer sur le juridisme politicien ! Je veux bien qu’on
respecte la loi. Mais à quoi nous servirait un juridisme inopérant ?
Aucune légitimité n’est assez valide pour asphyxier une
nation !
De ce qui précède donc et vue
l’urgence de donner aux Burundais une conception de la vie autre que la
simple existence, nous inférons que les belligérants
gagneraient à déposer les armes, toutes affaires cessantes,
à moins qu’ils aient oublié que toute guerre qui
n’est pas acclamée par le peuple est perdue d’avance. Les
Burundais sont fatigués de ne survivre que par miracle ; les
bailleurs de fonds sont fatigués de voir toujours des bras tendus
et affaiblis par la famine, mais qui gardent quand même la
force et la fougue de canonner !
Compte tenu de tout cela et en patriote
engagé pour la cause des peuples burundais, nous invitons les
belligérants à se dépasser ; une heure de
guerre ferait reculer le peuple burundais de beaucoup d’années en
arrière par rapport au rendez-vous du développement
économique et social. Le seul combat qui aujourd’hui vaille
la peine d’être mené, c’est le combat contre l’injustice
sociale et l’impunité des crimes imprescriptibles, mais aussi et par
conséquent, celui contre la criminalité qui paralyse tout
effort d’investissement, sans oublier la lutte contre la pauvreté.
Et en droite ligne de la politique du CDP qui prône le
développement du Burundi avec le peule et non à
coté du peuple, nous exhortons tous ceux qui croient encore
à la vie comme droit inaliénable à tout faire pour que les
maigres acquis de la paix et de l’entente ne soient pas refoulés
aux pieds. Ainsi à différents groupes, nous
demandons :
1) au Gouvernement
- de ne pas
s’enfermer dans un juridisme inopérant afin qu’il
rétablisse l’ordre public et la paix ;
- de jouer le rôle
qui est le sien, celui de refuser la chance à tout ce qui peut
perturber la paix et la sécurité ;
- de considérer, par
conséquent, qu’il a tout à gagner en s’attelant
à privilégier tout ce qui peut soulager la misère du
peuple qui l’a installé au pouvoir.
2) au PALIPEHUTU-FNL
- de revenir à
la table des négociations et, ainsi faisant, de priver à
l’autre partie le prétexte de toute radicalisation et de toute
diabolisation ;
- de doser sa
surenchère à l’effet de mettre en avant tout ce qui est de
nature à ne pas replonger le peuple dans la guerre, qui en a
déjà plus que trop souffert, et d’ainsi donner la chance au
peuple lui-même de sanctionner par le vote, le moment venu,
les politiciens qui se seront avérés indignes de sa
confiance.
3) au Peuple burundais
- de ne pas céder
à l’infantilisation populaire distillée dans certains
discours manichéens et triomphalistes de ceux qui oublient que les
combattants, militants et sympathisants de l’une et l’autre des
parties en conflit restent des fils et des filles de la Nation qui ont besoin
de vivre ;
- de prendre conscience de
sa place dans la vie de la Nation et de profiter de toute occasion qui lui est
offerte pour rappeler que la guerre qui se mène actuellement ne fait
point son affaire.
4) à la Communauté
Internationale :
- de ne pas faire le jeu du
batelier qui vous engage sur la voie de la traversée d’une mer et
qui vous abandonne au large de celle-ci : les efforts que cette
Communauté Internationale a fournis en nous soutenant
jusqu’à l’installation d’un gouvernement élu ne
doivent pas être relâchés à tous les
points de vue, pour une paix durable ;
- de se pencher
résolument sur la question du financement de la politique du
désarmement de la population civile avec des moyens conséquents
comme cela s’est toujours fait dans tous les pays qui ont connu des
guerres de rébellions.
5) aux Patriotes-Inserukarukamvye du CDP
-
de
s’abstenir de tout acte de confrontation, de provocation et de
polémique stérile et de privilégier la solidarité
entre les peuples qui, toutes ethnies confondues et quelles que soient leurs
mouvances politiques, ont intérêt à ce que la guerre prenne
fin ;
- de redoubler d’effort dans leurs actions et réflexions pour un
Burundi
meilleur.
Pour le Parti CDP,
Anicet Niyonkuru,
Président.