"Si tu ne sais pas où tu vas, n'oublie pas au moins d'où tu viens". Proverbe togolais

LAVICTOIRE D’OBAMA: UNAPPEL AUX DEFAITISTES ;

UNE GIFFLEAUX CONSERVATEURS SCLEROSES

 

Quand Martin Luther King prononça le « I have a dream »,

ils sont nombreux, qui disaient, le narguant : « Un rêve,

en effet ! »

Et voilà, le rêveur aura été le prophète ! Lire la suite de l'article

 



Jeudi le 10/juillet/2008

 

LE SORT DE LA FEMME DANS LA SOCIETE  BURUNDAISE : POUR UNE LIBERATION SANS ALIENATION

 

Par Paulette Evella NIKUZE 

 

 

Je rends hommage à toutes les personnes qui ont consenti leur temps et leurs efforts pour la rédaction et la publication du livre Femmes "bâtisseurs" d’Afrique[1].

Les récits, l’exposition et les réflexions qu’il contient reflètent en effet la réalité du vécu de la femme africaine croulant sous le poids du diktat de l’inégalité des sexes à tous les points de vue (politique, économique, social, culturel etc.), tout en mettant en évidence les entraves à s’en émanciper.

Analysant le cas du Burundi, la femme n’a pas non plus été épargnée par ce fléau d’inégalité de sexes avec toutes ses conséquences.

Nous allons voir que ce phénomène prend  naissance dans la structure même de la société burundaise, une société patriarcale, où l’infériorité de la femme par rapport à l’homme a toujours été de mise, et à laquelle la femme devait, partant, se soumettre, l’homme exerçant sur elle tous les pouvoirs d’autorité, de domination et d’oppression.

Mais alors, cette réalité devrait-elle rester ainsi? Quel serait l’apport du Gouvernement et des individus dans les changements envisageables ?

La suite se veut une réponse à ces questions.

 

Même en pleine mutation, la société burundaise semble toujours envisager « à la burundaise » le rôle fondamental de mère au foyer.

Il s’indique de rappeler d’abord ce que, dans la tradition burundaise, cela signifiait « être une femme ».

 

La fille quittait trop tôt le toit paternel - A 14 ans elle était déjà « assez mûre » pour se marier- pour aller épouser un homme qu’elle ne connaissait pas, l’organisation des cérémonies de la dot et du mariage étant du ressort des parents des futurs mariés et à leur insu. La stabilité  du mariage était, entre autres, fortement influencée par la naissance d’un enfant, quand  la survie de la femme au foyer était subordonnée à la naissance d’un garçon. A cette époque où la mentalité de l’homme était guidée par l’ignorance, la femme était ainsi maltraitée, voire répudiée, non seulement pour une stérilité conjugale dont la responsabilité était d’office rejetée à la femme, mais aussi pour sa maternité « destructrice du clan », entendez le fait de ne mettre au monde que des filles. Partant, la fille se sentait toujours frustrée depuis son jeune âge du fait qu’elle était une enfant non voulue par son père, le garçon recevant toujours éloges et compliments tandis que sa sœur n’encaissait que des critiques : incapacité physique, ignorance, etc.

Soit dit en passant, cette mentalité de préférence sexiste dans la filiation  refait malheureusement surface au Burundi, à en juger par les nombreux  cas de femmes qui se font aujourd’hui massacrer par leurs époux, au motif qu’elles « ont refusé » de donner naissance aux enfants de sexe masculin. On citerait le cas de Francine de Makamba  qui, en 2004, s’est fait scier les bras par son mari parce qu’elle portait la grossesse d’une fille. C’est aussi celui de madame  Mukahigiro de la commune  Butihinda en province de Muyinga,  qui, pas plus tard que le 27 mai de cette année,  s’est fait tuer par son mari parce qu’elle venait de mettre au monde une troisième fille.

 

Qu’en est-il  maintenant de l’éducation préparatoire à  cette vie de future femme ?

 

La fille restait auprès de sa mère qui devait l’éduquer, lui apprendre certaines tâches ménagères et lui inculquer certaines valeurs comme le respect, la tolérance, la tempérance, la tendresse, la sagesse, l’acceptation de sa condition, bref, toutes les qualités susceptibles de   la préparer à être une future mère soumise et résignée. Et durant la vie de jeune fille, la moindre  erreur pouvait aller  jusqu’à vous coûter la vie. Ainsi, une fille qui tombait enceinte avant le mariage devait subir  la plus atroce des  sanctions de la part de sa  famille : sans que besoin il n’y en ait même d’identifier  l’auteur de la grossesse, elle était jetée dans l’« igisumanyenzi »un grand fossé, prête à être dévorée par les bêtes sauvages.

 

S’agissant du garçon, il devait suivre les traces de son père, qui lui apprenait les tâches réservées à l’homme.

Il ne faudrait pas comprendre à travers ceci que les tâches de ménage étaient partagées de façon équitable ;  ce n’est tout simplement que le résultat de l’orgueil de l’homme qui devait toujours faire prévaloir sa supériorité physique et exercer son pouvoir de domination.

Et la différenciation concernait tous les aspects de la vie, depuis les activités jusqu’aux attitudes en passant pas le manger. Ainsi, la femme ne pouvait  pas monter sur le toit d’une maison ; la femme n’abattait pas les arbres, etc.

S’agissant du manger, la supériorité de l’homme passait des interdictions aux interdits, le tout    reflétant toujours l’égoïsme  et la suprématie de l’homme qui a toujours voulu se tailler la part du lion   au détriment de la femme et des enfants. Ainsi, le plus gros morceau de viande était toujours réservé au père chef de la famille, tandis que les enfants et leur maman se partageaient les miettes ou même rien du tout. Par ailleurs, la femme  ne partageait pas le repas avec son mari, mais plutôt avec ses enfants dans un coin retiré. L’« igisata ca senaka » la part du repas réservée au père de la famille était respectée comme on ne peut se l’imaginer.  « kurya igisata ca senaka » (= manger la part du repas réservée au père de la famille   était même inimaginable. L’enfant qui s’en rendait coupable pouvait  être roué de coups comme il n’est pas permis ; la femme  qui s’en rendait coupable pouvait en courir jusqu’à la répudiation! « Kuba iroswa » « être voleuse de lait » (et dans sa propre maison), ça ne pardonnait  pas ; la raison était nécessaire et suffisante pour une répudiation.  Au niveau des interdits, la femme ne pouvait manger  un œuf, un poulet ou un gésier, « igitabazi » le pancréas, « urubonde » le surlonge, etc. « elle serait hantée par des forces maléfiques ». Or, Dieu sait combien au Burundi  les hommes raffolent de  ces trucs - là !

 

Voilà, en quelques mots, ce que cela voulait dire être femme dans le Burundi des temps passés !

    

Avec l’avènement d’ amajambere  « la marche en avant » comme  le Blanc nous a appris à nommer la « civilisation » dont il était censé être porteur, les écoles ont ouvert les portent aux femmes. Mais déjà, seuls les enfants des riches y accédaient, le garçon étant toujours  le plus privilégié.

 

Au fur et à mesure que les parents comprenaient le bien-fondé de l’école, les filles aussi en profitèrent, mais à un taux très bas. Il y avait alors des écoles pour garçons et celles, bien peu nombreuses, pour filles, toujours dans cet esprit de vouloir éduquer les deux groupes séparément et différemment, même au secondaire. Ce n’est que longtemps après que la mixité a commencé dans certaines écoles. Mais là aussi, le taux de scolarisation des filles restait toujours très faible, et plus particulièrement dans les milieux ruraux où la rareté des écoles, l’enracinement des mentalités traditionnelles, la pauvreté des familles et la croissance démographique constituaient un ensemble de facteurs contraignants.

 

Le contexte socio-politique n’a pas été pour favoriser le sort de la femme, bien au contraire. En effet, les  conflits ethniques  et de guerres civiles qui ont ravagé le pays depuis les années 69 n’ont pas favorisé le développement des infrastructures, ni les investissements durables, le pays ayant toujours vécu une paix précaire. Or comme le dit ce proverbe « iyo amazi abaye make aheberwa impfizi » ( quand l’eau devient insuffisante, on ne la réserve qu’au taureau ), qui traduit encore mieux ce machisme très enraciné, le peu d’infrastructures ne pouvaient que bénéficier en premier lieu aux hommes.

Soulignons que le système éducatif a été beaucoup marqué par ces conflits, de sorte que la scolarisation, l’orientation dans une école secondaire et le choix d’une faculté universitaire ont été pour longtemps subordonnés  à l’ethnie et, pour les raison qu’étaye le proverbe précité, au sexe. La fille se retrouvait ainsi doublement sanctionnée et n’accédait pas facilement à la formation universitaire. Ceci a eu pour conséquence un faible taux de représentativité de la femme dans toutes les sphères politiques et de développement dont les postes exigeaient un niveau de formation élevé que peu de femmes, vu le contexte socioculturel de leur évolution, pouvaient avoir.

 

Malgré toutes ces entraves, une grande contribution de la femme a été depuis longtemps apportée dans le développement du pays. C’est notamment  dans les domaines comme  l’agriculture, l’élevage, l’artisanat, le  commerce,  et, d’une façon ou d’une autre, l’industrie. Mais vu le poids du passé, des clichés et de la réalité, ces efforts n’ont  pas été payants ; la place de la femme et son potentiel productif en tant que grande actrice du développement socio-économique du pays sont  restés minimisés, pour ne pas dire méconnus.

 

Cette exclusion sociale  jointe donc à celle ethnique, on comprend que c’est toute l’économie nationale qui devait en pâtir. Par exemple, comme le génocide hutu de 1972 a littéralement balayé tous les hommes intellectuellement actifs ou potentiellement porteurs de l’avenir des foyers sur tous les plans alors que les femmes n’avaient que l’analphabétisme et le complexe de l’être parasite, on comprend vite que le développement économique du Burundi a subi un coup de frein, dont les séquelles ont encore de beaux jours devant elle. Et ceci n’est pas difficile à saisir si l’on sait que les femmes hutu constituent, en tout cas, au moins 85% des forces actives féminines !  Ainsi, exclure des ressources humaines  féminines  85%  de leurs effectifs, on s’imagine à  quoi ça peut correspondre sur le plan de la production  nationale tous azimuts !

 

Quand les Burundais nous diagnostiquons donc les origines de notre sous développement sur le plan macro-économique, prenons-nous assez de temps, de courage et armons-nous d’assez  d’honnêteté analytique pour tenir compte de  cette problématique ? Je parie que non.  que le bât blesse, c’est que même les pouvoirs publics n’ont pas fait la différence. Et cela ne pouvait étonner personne, dans un système chaque gouvernement, d’abord et comme par droit divin à majorité masculin, apporte des nouveautés compte tenu non seulement des conflits tribalo-socio-culturels qui ont toujours déchiré le pays, mais aussi du besoin réel des dirigeants de maintenir la stratégie protectionniste en faveur du pouvoir masculin.

 

Peut-on dire que les choses stagnent? Ce serait ingrat de ma part,  mais ce serait aussi hypocrite d’en exagérer le louange. En effet,  depuis l’avènement du courant démocratique, des progrès énormes ont été enregistrés par exemple dans le système éducatif, du primaire à l’université. Dans les discours politiques, le statut de la femme est de plus en plus tenu en compte. Le gouvernement actuellement en place a réussi à intégrer la femme dans les structures de développement du pays. Là où cela a été possible, la femme est représentée à 30%. Mais dans l’ensemble, l’absence de la femme reste significative dans mains secteurs de la vie nationale. J’en citerais au moins trois.

 

 Le Burundi n’a pas encore réussi, par exemple, à véritablement  enrôler la femme dans les forces de défense et de sécurité comme cela est observé dans certains pays. La Russe viendrait  d’accorder des bourses d’études à 40 candidats pour une formation en matière de sécurité publique. Vous compterez le nombre de femmes qui partiront ; vous m’en direz les nouvelles!

 

Un autre secteur, c’est l’enseignement supérieur. Il reste la chasse gardée d’abord et bien sûr  d’une ethnie, et, mutatis mutandis, d’un genre.

 

Enfin, le contexte socioculturel du pays ne permet pas encore de rendre opérationnelles certaines revendications. Il en est ainsi du droit à l’héritage. Ici je m’attarderai un peu.

 

En effet, si dans les familles évoluées le père peut actuellement prévoir son testament en permettant à tous ses enfants de jouir de sa richesse de façon équitable, le droit matrimonial et le droit de successions offrent très peu d’avantages à la femme mariée. La femme, par tradition, n’a pas un chez-soi : n’héritant  jamais de son père, elle quitte la maison paternelle les mains vides pour aller vivre avec son mari. Par contre, ses frères vont construire leurs propres maisons généralement à côté de celle de leur père, sur les terres héritées de ce dernier. Or, même où elle va vivre, la femme n’aura droit à rien puisque tous les biens du ménage sont administrés par le mari. C’est ce dernier qui décide ; même le droit d’aliénation lui appartient. La femme passe toute sa vie à faire progresser le foyer. Pourtant, le jour où elle va être répudiée, elle va partir les mains vides comme elle est venue. Et comme elle n’aura rien hérité de son père, c’est son frère qui la casera - selon son tempérament puisqu’il en est qui le refusent-, en lui taillant sur son héritage un petit lopin de terre, juste ce qu’il lui faut pour pouvoir survivre.

 

Compte tenu de cette situation, des revendications ont eu lieu ; des projets de textes ont été depuis longtemps proposés pour étude, mais les dirigeants ne se sont pas encore prononcés là-dessus, tellement la question reste controversée : si la femme revendique le droit à l’héritage, le garçon trouve cela injuste, arguant le fait que la femme jouira de la richesse de son mari en même temps qu’elle aura hérité de son père, alors que le garçon,  lui,  n’a rien au départ. C’est une protestation sans rime ni raison puisque sa femme aura, elle aussi, hérité de chez ces parents,  si bien que ce qui se sera perdu ici se fera récupérer là-bas!

 En tout état de cause, les parents doivent comprendre que tous les enfants naissent égaux, qu’ils restent tous membres d’une même famille même après le mariage, et qu’ils doivent accepter de partager  le peu qu’ils reçoivent comme héritage de leurs parents.

 

Dès que la femme a senti le besoin de se réaliser et de s’épanouir, quelques associations féminines ont commencé à voir le jour pour militer au changement, tandis que certains messages étaient véhiculés à travers les médias et autres créations artistiques comme  les pièces de théâtre, etc. La femme a ainsi trouvé l’opportunité de s’exprimer et de revendiquer ses droits. La femme burundaise continue encore à porter sa voix le plus loin possible pour se faire entendre ; elle continue à se battre pour qu’un jour le gouvernement puisse lui reconnaître un taux de participation  logique et apprécié à sa juste valeur dans la construction du pays. Malheureusement, il se fait que  toutes ses revendications se heurtent au problème de « l’évolution des consciences à deux vitesses » : comme le Burundi présente toujours malgré les pas franchis dans l’évolution socio-économique de grandes disparités entre les zones urbaines et celles rurales (et c’est ici que « Tuve i Buja » que prône le CDP est finalement plus qu’un slogan!), l’épanouissement de la femme est beaucoup mieux compris par la femme évoluée, celle de la ville. La femme rurale reste confinée dans son statut de femme à tout faire sans connaître le repos et résignée face aux abus physiques,  économiques,  sexuels... qu’elle subit.

 

Certes, la question de l’indépendance économique joue un grand rôle dans la libération de la femme. Mais il me semble que l’épanouissement mental et l’indépendance  économique sont plutôt dans un rapport d’interdépendance dialectique : si la femme burundaise aspire à son indépendance financière et à son épanouissement social, le changement de son statut socio-économique et politique ne peut avoir lieu dans un système enfermé dans une tradition aux fait et gestes qui la nient ! Autrement dit, une femme sous développée économiquement ne peut se développer culturellement, mais non plus, une femme inculte ne peut se développer économiquement. Il ne s’agit pas ici pas de la dialectique de la causalité du genre « l’œuf et la poule » ; dans notre cas, les deux, à savoir l’épanouissement socioculturel et le développement économique, peuvent naître concomitamment et grandir ensemble comme deux jumeaux, il suffit de les «élever » dans ce genre de cadre qui développe le sujet  sans le déraciner ! Actuellement, certaines idées doivent être bannies afin d’étudier la question relative au statut de la femme en la plaçant dans un contexte social moderne, réaliste et évolutive. Et c’est sur cette nuance que je voulais insister, avant de clore mon propos. 

Quand on a parlé de revalorisation de la femme, certaines femmes  ont compris ce que la langue française appelle « femme qui porte la culotte », c’est- à - dire qui gouverne de main de fer le foyer, qui décide tout en lieu et place de son mari, avec ou sans concertation.  Ça ne passe pas ! Non seulement ce n’est pas africain, mais aussi ce n’est pas fait pour le bonheur des foyers ! Et quand certaines femmes ont entendu « émancipation », elles ont cru qu’une femme émancipée est celle qui gifle son mari en public, qui s’en va au disco et rentre quand bond lui semble, qui pipe la cigarette devant son papa, qui n’a jamais tord ...! Oui comme on le voit ailleurs !

D’accord qu’ailleurs on le voit ! Mais est-ce agréable à voire ? C’est pourquoi je dis que la femme burundaise doit s’émanciper pas « à la burundaise » - car une émancipation à la burundaise, c’est comme une démocratie à la burundaise ; il n’y en a pas !-, mais  comme une femme Burundaise. D’ailleurs, le terme « épanouissement » convient mieux que « émancipation », qui est bien galvaudé. La femme africaine en général et la femme burundaise en particulier ont plus besoin de s’épanouir que de s’émanciper au sens occidental du terme. Par cette nuance, j’attends de la femme Burundaise une ascension qui s’effectue dans une dynamique qui sauvegarde nécessairement la dignité et certaines autres valeurs humaines qui ont bâti le Burundi, dont  « ubuntu » l’humanisme, « urupfasoni » la déférence, et, comme vertu supérieure, « ubushingantahe » la sagesse, que certains réduisent  malheureusement  à « ubugabo» la masculinité, ce qui connote un machisme inepte en filigrane, et qui dissimule mal la volonté de pérenniser l’empire masculin!

 Toujours dans le sens de regretter la mauvaise intégration du concept d’émancipation dans nos valeurs, je dois dire que même celles qui voudraient en faire leur philosophie de vie risquent d’échouer : le concept de l’émancipation à l’occidental, avouons-le, pourrait difficilement marcher pour la femme africaine en général et celle burundaise en particulier, dans la mesure où, d’ici deux générations, 70% de femmes ne pourront pas être en mesure de se prendre en charge à 100% !

Ceci dit, même dans sa pauvreté, la femme doit bénéficier d’un minimum de protection  effective par des lois clairement élaborées qui lui garantissent certains droits. Il en sera ainsi en matière de divorce. Des mesures protectrices devraient figurer dans une loi claire, précise et restrictive, notamment que tous les enfants naissent égaux et qu’ils ont tous droit à l’héritage familial.

 

Toujours faisant référence à notre culture, je dois dire un mot sur les modalités de ce partage, en cas d’héritage : pas de partage égalitaire, par exemple au niveau des biens fonciers ! Mais la fille doit avoir droit à une parcelle de fonds de terre qui, même petite, pourra contenir au minimum une maison et un jardin de telle manière qu’elle puisse avoir un chez-soi « ingo zimugoye » (= si  la vie conjugale lui donne du fil à retordre),  pour utiliser l’euphémisme des Burundais en cas de répudiation de la femme, expression usitée y compris quand la femme n’y est pour rien ! 

 

Au total, l’heure est arrivée d’ouvrir les yeux et de voir dans la femme, de par toutes les qualités maternelles et humaines qu’elle incarne, une personne à volonté déterminée et, partant, indispensable pour un développement durable. Aussi longtemps que la femme continuera de vivre dans cette chronique dépendance économique, elle ne pourra jamais atteindre le plein épanouissement.  Mais en retour, cette indépendance économique ne pourra être atteinte sans un minimum d’évolution de l’esprit par rapport au poids de la tradition. La vérité est que les femmes ne sont pas assises ; elles cherchent à s’impliquer. Aux autres de les soutenir et de les aider dans cette évolution. Et à la limite, je suis   convaincue que face à la cécité populaire, un bon gouvernement doit même  savoir imposer le développent national à ceux  que certaines entraves sociales, culturelles, historiques et politiques empêchent de se développer d’eux – mêmes, si celui-ci ne veut pas s’enfermer dans la quadrature du cercle   « développement du pays sans le peuple ». Et c’est ce paradoxe qu’entre autres le CDP refuse, quand il parle de « développement du pays  avec le peuple et non à côté du peuple ».

Tenant compte alors de certains obstacles et contraintes qui restent de taille comme les problèmes liés à la maternité, l’évolution lente de la technologie pour l’économie du temps, l’analphabétisme de la grande partie de la population féminine, le faible pouvoir d’achat et les maladies graves comme le SIDA..., le statut de la femme burundaise évoluera au rythme et en fonction des mécanismes dont se dotera le pays afin de pouvoir surmonter tous ces défis, et non en en faisant un alibi pour un développement à deux vitesses. 

Vu sous l’angle du CDP, tout cela sera concrétisé par l’application du projet de société TUV’I-BUJA, dans le respect des valeurs culturelles positives, c’est-à-dire en mettant au rancart tout côté culturel qui entrave le développement du peuple.

 

 

 



[1]Ouvrage collectif, Québec, Musée de la Civilisation, 2000, Lisette Ferera (sous la direction de)     



 

LA RESURECTION DU BURUNDI NE PEUT PASSER QUE PAR L’ENTERREMENT DE LA PSYCHOSE DUE AU GENOCIDE HUTU.

 

Par Sébastien  Ntahongendera

 

La vie et la mort ne peuvent « vivre » dans un même village. « Vérité de La Palisse » ! Me dira-t-on ! Pour d’autres peuples oui ! Mais pour nous Burundais, c’est une chose qu’il ne faut jamais se lasser de dire, tant ils sont nombreux qui font encore confusion entre la paix et l’habitude de la guerre, le bonheur et  l’habitude du malheur, la réconciliation et  la résignation, bref, la vie et l’habitude de la mort. 36 ans  après un génocide non reconnu, qui en moins d’un mois avait pourtant  fini d’anéantir le peuple hutu – le verbe  n’est pas assez fort, c’est, hélas, le seul que je connais –en éliminant  toute son élite mais aussi d’autres hommes éclairés jusqu’au catéchiste de la succursale la plus en brousse, je me suis interrogé sur la socio-genèse et le cheminement du mal burundais, et j’en suis venu à certaines  considérations, qui tournent autour de la problématique de la réconciliation.

 J’en développerai trois points, à savoir : 

 

-          l’impossible non-lieu pour un génocide ;

-          l’impératif de l’émergence  d’un leadership exempt de tout soupçon quant aux actes de génocide ;

-          la réhabilitation des victimes des actes de génocide.

 

  

 1. L’impossible non-lieu,  s’agissant des actes de   génocide

 

      Celui qui observe la manière dont les Burundais se sont accommodés des actes de  génocide qui se sont abattus sur le peuple Hutu et qui ne sent pas comme un faisceau de sagaies lui transpercer le cœur, c’est qu’il n’en a point. Et ceci expliquant cela, le chemin de la réconciliation me semble n’en être qu’à ses débuts, et ce  malgré la grandeur des sacrifices qu’ont faits et font toujours les Burundais dans leur long, pénible mais nécessaire chemin de la réconciliation. Et il n’aurait pu en être autrement : pour moi, la problématique de la  résolution des conflits burundais repose sur la question des actes de  génocide, qui non seulement sont restés impunis, mais dont les responsables, et comme si le Burundi n’avait enfanté  que des anti – modèles des vertus, sont toujours les mêmes qui diligentent la vie de la nation, directement ou par procuration, par mandant populaire ou par cooptation.

 

M’étant refusé au jeu d’une polémique stérile et stérilisante qui aurait pu m’amener sur le ring indigne du parti dont je suis porte - parole, je présente d’abord  mes excuses à certains de nos chers internautes, membres à part entière du CDP ou sympathisants, qui avaient sollicité le parti  de riposter aux arguties de certains professionnels du cynisme, qui tentent toujours  de nier l’évidence, en versant dans un honteux révisionnisme par rapport au génocide hutu.

Et à  y regarder de très près, ceux qui veulent passer l’éponge sur ces crimes imprescriptibles sont  de deux catégories : d’un coté, et pour paradoxale que cela puisse paraître,  il y a les victimes elles- mêmes ; de l’autres, et le contraire n’étonnerait que les naïfs, on trouve  les bourreaux.

En effet, et pour commencer par le commencement,  il y a ceux qui, traumatisés par de longues années des montagnes de souffrances couvertes par l’indifférence de l’opinion internationale, ont fini par plier sous le poids de  ce que j’appelle   le complexe de la persécution universelle. Ce complexe  a fini par les transformer  en de  sous-hommes et sous-femmes  fiers de leurs états, fiers au point de cautionner l’inégalité des peuples, y compris quand celle-ci est consignée noir sur blanc dans la constitution. En effet, les proportions comme  40 - 60% et 50 - 50% Tutsi-Hutu  dans le politico-administratif et  dans les forces de défense et de sécurité, dans un pays où les proportions ethniques de la population  avoisinent quand même  14 et 85% Tutsi et Hutu, il faut être Hutu du Burundi pour s’en accommoder !  Inutile de souligner que par simple déduction mathématique, cela équivaut à l’inéquation : 1Tutsi ³ 4 Hutu. De la justice sociale made in Arusha !

 

N’empêche, certaines personnes n’ont pas encore fini de fêter le trophée d’Arusha. A de telles  gens  qui jubilent quand on leur fait une cuillerée sur  un plat auquel  ils ont naturellement droit, dites qu’il est  inacceptable de s’allier aux génocidaires pour faire la politique, osez leur dire de les condamner ; hasardez - vous  même à  avancer que les Hutu ont subi un génocide, et que toute politique qui se donne pour gauchiste doit toujours tenir compte de cette donne, ils vous traiteront de tous les noms d’oiseaux de mauvais augure !

 

De l’autre côte du révisionnisme, il y a certainement et naturellement, nous le disions tantôt, les bourreaux eux-mêmes. Bénéficiant d’abord d’un non-lieu de fait et se retrouvant ensuite couverts par l’allégeance tout trouvée de la part des résignés, ils ont  doublé d’ingéniosité pour distraire les victimes, leur faisant  oublier ce que n’oublie jamais définitivement un peuple, son extermination. Et pour ce faire, ils ont détourné l’attention des Burundais du vrai phénomène et les ont façonnés de manière à ne plus voir que les épiphénomènes à l’image du régionalisme ou des querelles de clocher comme la course pour la  direction d’une institution ou  d’une faction. Ceci a contribué efficacement, et  comme conséquence logique, à noyer toute la problématique de l’antagonisme burundais dans une dialectique à pôles qui s’enchevêtrent les uns dans les autres, donc complexe, alambiquée, le tout ayant  abouti à faire passer la question burundaise de problème à mystère !

Or, la différence entre un problème et un mystère réside justement  dans la manière d’y faire face : un problème, ça se résout par l’intelligence ; un mystère, ça se fait approcher par la méditation, la prière, et, dans le pire des cas, le prosélytisme, le fanatisme, voire le sectarisme  intégriste. Et le drame burundais actuel, c’est que ces pêcheurs en eau trouble ont attrapé le gros poisson ! Qui parle du sel n’a pas besoin de dire qu’il est salé, le lecteur sait de qui je parle ! Et comme pour vraiment montrer que sa conversion a réussi, il – « il » c’est celui dont je parle    ne lui  fallut autre chose que de faire des gens aux mains les plus maculées de sang, qui  son conseiller particulier et plénipotentiaire, qui son consultant pour les questions de l’humanisme et de la bonne gouvernance, qui son gourou le plus vénéré. Et la force des criminels se mariant alors avec la lâcheté des victimes, le fruit qui en résulta ne pouvait qu’être l’oubli total des victimes, donc leur seconde  mort, selon le tristement célèbre proverbe burundais dont s’inspirent les amoureux de l’impunité, en l’occurrence « Agapfuye kabazwa ivu » (= L’auteur d’un meurtre, demandez à la terre ) .

 

Aux résignés qui cautionnent le génocide par leur inconscience ( résultant d’un matraquage anesthésiant ) et aux bourreaux qui le font le sachant et le voulant, je voulais rappeler que l’heure d’une génération consciente des droits des peuples a sonné ; le Burundi ne fera pas indéfiniment l’exception de l’humanité : dans  tous les pays où des génocides ont eu  lieu, les gens se sont levés, à un moment donné  de leur histoire, si pas  pour traquer les coupables, du moins pour se pencher résolument  sur le sort des rescapés. Même pour le génocide  des  Kurdes arméniens qui  date d’il y a un siècle, les chancelleries s’agitent encore. Par exemple, en guise de découragement  des révisionnistes, le parlement  français a  voté, pas plus tard que  l’an dernier, une loi frappant de 45000 Euros d’amande et un emprisonnement allant jusqu’à deux ans toute personne coupable de seulement avoir nié ce génocide. Quant à la cour de Cassation Vaudoise, elle a confirmé, le 18 juin 2007, le verdict prononcé par le Tribunal de Police de Lausanne condamnant Dogou Perincek, rien que parce que le quidam avait  nié le génocide des Arméniens.  Ce n’est donc que chez nous que le cynisme le disputant au nihilisme, l’on se plaît à nier l’évidence, et à  traiter d’«extrémiste » tout homme qui aime son pays et son peuple. Car chez nous c’est un crime que d’aimer son peuple ! Pourtant, et comme le dit M.L.King, que je parodie,  Dieu Lui-même est extrémiste en amour ! 

 

 « Quand la justice tarde à venir, c’est qu’elle est allée au loin chercher les bâtons les plus flexibles pour bien châtier le coupable », disait un  sage africain. Les génocidaires ne resteront pas définitivement impunis ; moi j’en suis convaincu.  Et me fondant sur des cas précis, je m’en vais  justifier ma certitude par  une démonstration par absurde, je veux dire cette manière de certifier la véracité d’un fait après en  avoir démontré l’impossibilité du contraire :

Tenez ! Le 21 octobres 1993, donc dans la foulée du lancement du troisième round du génocide hutu par l’assassinat d’au mois neuf plus hauts responsables hutu dont le chef de l’Etat, des dizaines d’innocents élèves Tutsi du Lycée de  Kibimba se sont fait massacrer à Bubu, quelques 5 km de l’établissement, par les villageois des environs.  La responsabilité du directeur, feu Firmat Niyonkenguruka, a été engagée ; il sera  jugé et condamné. Et après demande de grâce présidentielle que Buyoya balayera du revers de la main comme l’avait d’ailleurs été celle d’une intervention d’un avocat, il sera exécuté par pendaison.

 

Comparaison n’est pas raison ; mais dans les cas que je m’en vais évoquer, elle n’est pas non plus déraison. Le 11 juin 1995, une centaine d’étudiants innocents hutu du campus universitaire de Mutanga  sont massacrés durant toute une grande nuit par des personnes « non identifiées », et qui jusqu’à ce jours ne le sont toujours pas ! Il en sera autant l’année suivante dans le campus universitaire de Zege à Gitega, toujours par des personnes qui ne peuvent, jusqu’à présent, « être identifiées » !

Si je n’étais pas contre la peine capitale, j’allais demander à ce que le cas Kibimba fasse jurisprudence !

En toute état de cause, s’il est impossible que des dizaines d’élèves soient massacrés, et en dehors de l’établissement, sans que le chef dudit établissement ne soit impliqué, il l’est encore davantage pour la centaine d’étudiants massacrés au sein même de leur établissement  ! Soit dit en passant, la première victime (Alexis Ndayisaba alors en Poly II ) est tombée sous les yeux de Fidèle Rurihose, alors Recteur de l’Université, sur le terrain de basket-ball, non loin des Pavillon 1 et 2 , à 22 heures ! Et le coup d’envoi était donné.

 

Un autre cas, parmi ceux qui fondent  toujours ma conviction que la justice -que je crois « science sociale exacte »- ne peut agir pour Paul pour s’abstenir pour Pierre, concerne  le traitement des hommes accusés d’avoir massacré les Tutsi en 93 . En effet, pendant la semaine qui a suivi le lancement du troisième round du génocide Hutu, qui, ce n’est jamais assez de le répéter, a commencé par l’assassinat d’au moins 9 hautes  personnalités hutu dont le chefs de l’Etat, beaucoup de  Tutsi de l’intérieur du pays ont été massacrés par leurs voisins hutu. Paix à leurs âmes ! Les coupables présumés seront très vites traqués ( très vite car en aucun cas les Tutsi ne peuvent être tués par des gens  qui ne peuvent être identifiés !). Très vite traqués et qui spolié de tout y compris sa propriété foncière pour indemniser ses victimes réelles ou imaginaires, qui relégué à l’exile, qui emprisonné, qui exécuté soit sommairement, soit à l’issue  des comédies de procès, à l’image de celui du Twa Mashini, qui en vain a sollicité l’assistance d’un avocat, avant d’être exécuté par pendaison, sous Buyoya II.

 

S’il est donc impossible de ne pas pouvoir identifier, juger et exécuter les  auteurs des massacres commis dans les hameaux et en temps d’émeutes populaires généralisées, ne l’est-il pas   encore plus pour les cas de 1972, où les suppliciés ont été conduits aux chefs-lieux des circonscriptions administratives, sur mandats d’amener signés par qui de droit, et, sauf dans certains cas rares comme dans le sud, dans un pays où aucun cas  d’échauffourées entre populations  n’était signalé ?

 

Quand on évoque les poursuites judiciaires des génocidaires, certains avancent la question des témoins et des faits. Quelle fausse question ! D’abord, certains des hommes qui sont venus cueillir les centaines de milliers de Hutu dans nos collines et quartiers  sont, pour la plupart, encore vivants. Et puis, certaines tombes ou fosses communes sont toujours là, qui vous regardent et vous interrogent ! Par ailleurs, veut-on nous rendre idiots au point de nous faire croire qu’aucune technique d’enquête n’est assez mieux outillée pour nous faire connaître telle ou telle personne qui dirigeait une commune, un arrondissement, une brigade... , où des centaines de milliers de Hutu, sur base de listes “intellectuellement” préétablies -si l’adverbe peut avoir sa place ici-,  ont effectué un voyage sans retour ? 

 

En fin de compte, le droit sur le génocide hutu est plus facile à dire qu’à taire ; ce qu’il fallait démontrer.

 

Que faire alors, comment le faire ? 

Le tout n’est pas de prendre conscience d’un mal ; encore faut-il, si l’on veut vraiment  s’en guérir, savoir en sortir le diagnostique. Dans le cas de nos maux, la problématique n’a pas été toujours bien posée ; la méthodologie, ce me semble, a été tout sauf ce qu’il fallait ! Par exemple, dès sa naissance, le mouvement CNDD, pour justifier sa cause, n’avait eu comme leitmotiv de son discours qu’une expression : « l’armée mono-ethnique tutsi ». Pour le porte-parole de ce mouvement en effet, tout le mal historique  burundais s’appelle « une armée mono-ethnique tutsi ».

D’abord, c’est oublier que de 65 à 72 inclus, l’armée burundaise n’était pas monoethnique tutsi, ce qui n’a pas empêché le pire de se produire, y compris jusque dans cette armée même, qui depuis 72 est devenue effectivement monoethnique tutsi. C’est dire donc que la monoethnicité de l’armée burundaise  n’est pas la cause du génocide des Hutu, mais plutôt son résultat. Or, quand on veut soigner un mal, on ne table pas sur ses effet, mais bel et bien sur ses causes ! C’est aussi simple que ça !

Ensuite, si tous nous sommes d’avis que tous les actes de génocides commis au  Burundi l’ont été par la main d’une armée monoethnique tutsi, qui s’est conduite dans la population comme un éléphant dans une foire de porcelaine y compris pour de  minables émeutes populaires, deux questions se posent : la première, et je la frôlais tantôt, est celle de savoir si pour une armée il y a rapport de causalité entre sa  mono-ethnicité et le «devoir de violence»  sur la population issue des autres ethnies. Selon les discours traditionnels oui ! Mais si on interroge les fait, en considérant par exemple ce qui s’est passé à Muyinga où 21 Hutu ont été massacrés d’un coup et leurs corps jetés dans la rivière sous le commandement d’un haut gradé Hutu  issu d’une armée désormais composée à  50% Hutu – 50% Tutsi, il y a lieu d’attaquer ce postulat ! Ce que nous laissent voir les faits, c’est que l’armée burundaise est loin d’avoir cessé de faire de la chasse aux Hutu son sport passionnant, même quand elle a cessé d’être mono-ethnique tutsi. Et ceci soulève la deuxième question, une question-réponse : une armée peut-elle massacrer jusqu’à commettre un génocide sans qu’il y ait l’aval, voire l’instigation de la superstructure politique ?   

Si donc l’armée burundaise porte -et à combien juste titre !- la responsabilité des actes de génocides hutu, il faut la condamner tout en n’ignorant pas qu’elle était et reste l’instrument d’un laboratoire politique qui, hélas, recrute aujourd’hui y compris dans le camp de ses victimes désignées. Le problème, c’est que ce laboratoire n’a jamais été inquiété ; un non-lieu de fait lui a été toujours  assuré. Mais  qu’il se le tienne pour dit ! Le sang qu’il a  versé sur le sol burundais  est trop pour que son  crime soit épongé ! Quand au pardon anonyme entre Hutu et Tutsi auquel l’on nous exhorte  comme si chaque Tutsi était comptable de quelque chose à l’égard de chaque hutu et inversement, c’est une musique hors-gamme ! Les Burundais ne l’écouteront pas  longtemps. Aucun Tutsi n’a un dos suffisamment résistant  pour soulever le poids des péchés commis par des hommes qu’il n’a ni  connus  ni mandatés. Toute génération a  son histoire politique ; celle qui arrive s’appelle la marche triomphale des Patriotes burundais toutes ethnies confondues en croisade  contre les criminels et leurs adjuvants, qui doivent s’apprêter déjà  pour  une retraite politique anticipée, afin que naisse un Burundi dirigé par des hommes  aux mains propres. 

 

2. De la nécessité de l’émergence d’une génération  politique exempte de        tout soupçon

 

Au Burundi, une des clés de la réconciliation est le renvoi de certaines personnes à une  «retraite politique anticipée». Et le ciel ne tomberait pas sur le Burundi ; au contraire, il s’ouvrirait !

Au niveau du «collège de commandement» de l’armée, je peux comprendre qu’il y ait difficultés à  épurer et   transformer comme par je ne sais quel  deus ex machina un corps déjà mille fois plus soudé et plus rodé  que les Hutu fraîchement sortis du maquis. Mais les vertiges vous paralysent quand vous constatez ce qui se passe côté  politique : les noms toujours cités dans tous les crimes burundais comme en ayant  été  cerveaux et/ou machines sont toujours là, depuis les exterminateurs   de tous les intellectuels et sémi-lettrés hutu de 1972 jusqu’aux massacreurs des centaines d’étudiants hutu en 95 et 96 en passant par les lanceurs des napalms dans les communes de  Ntega et de Marangara en 88.  C’est à la longue une insulte au peuple tutsi ; c’est dire qu’en son sein il ne peut y avoir d’hommes et de femmes exempts de tout soupçon ! Or, d’aucuns savent très bien que le génocide hutu n’a pas été commis par les Tutsi, mais une poignée de Tutsi - et en  tête de file ceux du clan Hima- qui ne pouvaient asseoir leur hégémonie autrement  qu’en embrigadant une conscience d’un peuple soi-disant en danger d’extinction. Au départ, beaucoup avaient malheureusement succombé à cette supercherie machiavélique. Mais aujourd’hui, ils sont nombreux qui se sont guéris de ce que nous appelons pour un peuple «manger par procuration et jouir par transfert», qui consiste en ceci : « même si je suis misérable, ça ne fait rien, ceux  de mon ethnie restent les grands horlogers  de l’histoire. Quand ils mâchent, je savoure le goût ; quand ils digèrent, je grossis » ! 

 

Dans son interview qu’il a accordée à la BBC, où il relatait les faits sur l’assassinat du Président Ndadaye, le caporal Ernest,  Tutsi,   nous a laissé entendre ceci :

 

Abo bagesera bagifukamye munda kuva kera  nubu ni bo batwara, n’uko gusa benshi batabibona. Kandi tutaravye inyanja ngo tubasukemwo, nubu Uburundi nti burakaronka amahoro (= Ces criminels endurcis, ce sont eux qui gouvernent toujours, bien vrai que beaucoup ne le réalisent pas. Et si nous ne les jetons pas dans les flots profonds de quelque océan, le Burundi est encore loin de la sortie du tunnel ).

 

En vertu des vertus qui me sont chers, notamment qu’il est interdit de verser le sang, je m’écarte, bien évidemment, de sa résolution- celle de les noyer-.  Au contraire, je souhaite à ces hommes longue vie, et je voudrais  qu’ils meurent de leur belle mort. Longue vie y compris pour le dirigeant  qui  a pendu Mashini, le rare intellectuel de l’ethnie Twa !  Mais entre-temps, il est salutaire pour tout le Burundi que ces gens soient renvoyés à la retraite politique anticipée ! Le  danger que court la Nation en les laissant continuer à jouir de leur influence politique, c’est qu’avant qu’ils ne meurent, ils auront eu le temps nécessaire et suffisant  de se faire des dauphins et des émules, tendance naturelle pour tout crime resté impuni : ses auteurs passent pour des héros, donc des hommes dont les exploits sont recommandés comme un modèle à suivre aux générations futures. Les étudiants qui pilotaient les marches-manifestations contre l’élection du Président Ndadaye en 1993 n’arboraient-ils pas les effigies de Micombero ?

Et s’il faut que cette génération de micomberistes  quitte la scènes  politique, ses sous-traitants et autres  faire–valoir doivent aussi les suivre. Ainsi et seulement ainsi, les vrais patriotes Hutu et Tutsi, qui n’ont ni  dossiers salles à faire oublier par la terreur et la diversion ni contrats diaboliques à respecter, auront les mains assez libres pour bâtir le pays.  

Quant au système  aujourd’hui aux affaires, c’est  pour lui  l’heure de déposer le bilan. En effet, faisant mémoire de  ce que fut au départ le CNDD, à voir la manière et la célérité  avec lesquelles  s’est opéré son  saucissonnage,  observant la finalité de cette auto–destruction mais surtout la joie de  ceux qui en ont  tiré profit,  considérant l’espoir que l’ascension du système «DD» avait inspiré au peuple, seule cette conclusion s’impose : le diable inspirateur de ce saucissonage doit être   porteur d’un de ces noms hideux, terrifiants, horribles et terribles !

 

N’espérant donc plus rien des générations politiques aînées, qu’il s’agisse de la Droite ou de la soi - disant  Gauche, il ne reste qu’à une nouvelle classe politique constituée d’hommes et de femmes  aux mains propres d’émerger. Dans le cas contraire, nous devons nous attendre à  d’autres décennies de suspicions et  de ressentiments, ce  qui ne peut que faire du Burundi une terre des conflits à la Moyen-Orientale, donc héréditaires, où la haine devient, hélas, mode de vie entre descendants innocents des criminels non condamnés  et descendants traumatisés  des victimes non réhabilités.

 

3. La réhabilitation des victimes dans leurs droits : de la prise de conscience de la notion de « peuple » comme condition

 

L’autre prix de la réconciliation nationale, qu’on hésite à payer  alors qu’il est on ne peut plus raisonnable, c’est la  reconnaissance des  droits des  victimes des différents crimes de génocide  ainsi  que leur réhabilitation.   

Après un génocide  organisé au plus haut niveau de l’Etat, qu’il soit reconnu de fait ou de droit, le premier réflexe d’un gouvernement qui succède à celui ayant eu le génocide dans ses attributions  est de réhabiliter les victimes, en attendant de traîner les bourreaux devant les cours compétentes, travail qui peut s’étaler sur des générations. Par exemple, jusqu’à aujourd’hui, tout Nazi qui se fait découvrir se fait juger, alors que les indemnisations morales et matérielles des victimes sont organisées. C’est ainsi que l’Etat allemand  indemnise Dieu seul sait jusqu’à quand les victimes de l’Holocauste. Et pas plus tard que le 18 mars 2008, donc plus de 60 ans après l’Holocauste, Angela Merkel, la Chancelière Allemande, s’est humiliée devant le parlement israélien, reconnaissant le tord que l’Allemagne avait causé au peuple juif. «  Nous avons honte de ce que nous avons fait ; jamais nous n’abandonneront les