«Nul être humain n’est assez parfait pour avoir le droit de tuer celui qu’il considère comme entièrement mauvais.» Ghandi.


ECLUSIVITE : INTERVIEW DU PRESIDENT DU CDP AU JOURNAL 'Arc-En-Ciel'. Pour lire l'interview, cliquez ici.



LE CDP VIENT D’ETRE ENREGISTRE COMME PARTI DEMANDEUR D’AGREMENT

 

 

Jeudi le 31 juillet 2008


Anicet Niyonkuru
Anicet Niyonkuru
Président du Parti CDP

 

 

C’est fait. Accompagné de Monsieur Dominique Ngenzirabona, Représentant légal Adjoint du Parti CDP, Monsieur Anicet Niyonkuru vient de déposer ce Mercredi 30 juillet 2008 à 11H45 le dossier de demande d’agrément de son Parti le CDP, Conseil Des Patriotes. Il vient ainsi de faire son entrée dans le cercle - qui il faut l’avouer s’ouvre et s’agrandit de plus en plus - des hommes et des femmes qui ont proposé pour le Burundi un projet de société sur le plan national.

 

Pour les Inserukarukamvye comme se dénomment les militants du CDP, c’est un pas très important dans la mesure où certains travaillaient avec timidité pour un parti qui, c’est le moment de le dire, a la particularité de dire tout le non-dit sur le Burundi.

 

Mais qui est en quelques mots- puisqu’on y revendra à une autre occasion -, l’homme qui vient d’ainsi entrer dans l’histoire politique du Burundi ?

Anicet Niyonkuru est né en 1968 à Musotera en commune Mpinga-Kayove, province Rutana.

Après ses études secondaires successivement au Lycée Musinzira et au Lycée Mushasha, il entre à l’Université du Burundi où il fait des études de Langue et  Littérature  Françaises.

 

L’assassinat du Président Ndadaye en 1993 ainsi que les conflits sanglants inter-ethniques qui l’ont suivi viennent pour perturber ses études, alors qu’il fait sa première Licence. Entre autres incidents graves qui ont perturbé son séjour au Campus Universitaire de Mutanga, on peut noter le défoncement de sa chambre n° 76 au Tropicanat II par des étudiants extrémistes qui voulaient mettre un terme à ses jours. Par ce hasard qui fait que l’homme ne se trouve pas  toujours au mauvais endroit au mauvais moment, Anicet Niyonkuru n’avait pas passé la nuit dans sa chambre. Les malfaiteurs ont découpé tout ce qui était dans sa chambre en mille morceaux avant de mettre une croix rouge sur la porte. Ce fut son dernier jour à l’Université du Burundi.

Après cet attentat, d’autres faits qui n’étaient pas de nature à sécuriser les étudiants de l’ethnie Hutu feront qu’ils désertent tous l’Université et sacrifient l’année académique 93-94.

 

En collaboration avec certains autres étudiants ayant été forcés de quitter l’Université, Niyonkuru fonde Le Témoin-Nyabusorongo, le journal le plus populaire et le plus lu, après Ndongozi, que le Burundi ait connu. Il en devient Directeur de Publications.

A deux reprises, le siège du journal, qui servait en même temps de résidence pour le groupe dans cette Kamenge bondée à craquer de tous ce qui avaient été contraints de quitter presque tous les quartiers populaires de Bujumbura durant la chasse à l’« Iboro[1] », sera réduit en cendre par les bombes incendiaires de l’armée nationale. Dans le tumulte de cette chasse à l’homme, Niyonkuru se fait engagé comme agent de l’USI (Unité de Sécurité des Institutions), Service dépendant directement de la Présidence de la République.

Il est alors plus que filé.

Par exemple, de passage dans le Quartier Ngagara au volant de sa Suzuki mini-jeep, il essuie des tires d’armes d’assaut qui pulvérisent les vitres du véhicule sans faire de dégâts humains.

Cet énième attentat le décide à quitter le pays pour la Côte d’Ivoire.

 

Là, il reprend ses études et obtient un diplôme de Maîtrise en Sciences et Techniques de la Communication , un Certificat de DESS (Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées) Marketing et une Licence en Sociologie.

Il travaille comme enseignant de Marketing et de Communication à la Grande Ecole d’Etudes Commerciales de Cocody-Angré, avant de devenir successivement Directeur Administratif et Technique de la Société Africaine de Communication (SAFCOM), une  entreprise de communication et de marketing, Directeur de Apte-Com, une autre entreprise de  communication et de marketing et Rédacteur en Chef de INVESTIR UEMOA, un Magazine Economique de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine.

 

Durant son séjour en Côte d’Ivoire, Niyonkuru a fait montre non seulement d’un attachement indéfectible à la patrie par le truchement de la culture, mais aussi d’un sens exceptionnel d’organisation de la communauté estudiantine burundaise en Côte d’Ivoire.

Sur le plan culturel, on enregistre à son actif la fabrication des tambours en Côte   d’Ivoire, ce qui n’est pas de l’eau à boire pour beaucoup d’autres Burundais de la diaspora, qui, s’ils en ont besoin,  les font venir du Burundi.

Tambourinaire assermenté, il entreprend d’apprendre les tambours aux étudiants burundais de Côte d’Ivoire. A travers la SEB-CI ( Solidarité des Etudiants Burundais de Côte d’Ivoire) qu’il dirigera pour 4 ans avec deux mandats électifs, ces tambours se montreront non seulement comme véritable ambassadeur du Burundi, mais aussi de vraies ressources de revenus qui viendront en aide aux étudiants n’ayant pas de bourses,  pour le payement des frais d’inscription qui variaient de 200.000 à 350.000 FCFA.

 

Depuis sa prise de conscience de la problématique de la révolution burundaise,

Niyonkuru n’a jamais tourné le dos aux questions politiques. Déjà au lycée de Mushasha, il a été élu Secrétaire de la précieuse section JRR[2] , dans un établissement où les garçons représentaient à peine 1%.

Durant son séjour à l’étranger, Niyonkuru n’a jamais oublié qu’il n’avait pas quitté son pays pour un voyage d’agrément, mais à cause des problèmes politiques. N’était-il pas d’ailleurs représentant du CNDD en Côte d’Ivoire ?

Comme si le sort avait décidément choisi de faire de son métier d’informateur du peuple sa condamnation, Niyonkuru quitte la Côte d’Ivoire en décembre 2000, traqué par les Services de Renseignements Ivoiriens sous le régime du Général- Président Robert Guei, non sans avoir marché de Treichville à Cocody- ce qui, pour un fonctionnaire ivoirien de son calibre n’était pas, à cette époque, un fait ordinaire- quand son véhicule de service a été raflé par l’armée pendant les mouvements populaires historiques qui ont accompagné la venue de Laurent  Gbagbo au pouvoir.

 

Entre autres qualités personnelles, Niyonkuru est connu comme travailleur infatigable. « Me reposer signifie changer d’activité », dit-il à certains quand ils lui rappellent de se reposer.

Il est aussi amoureux de l’intérêt commun ; il n’y a pas d’activité appelant le sacrifice des intérêts personnels pour le bien-être de la communauté à laquelle il s’est soustrait, souvent  à grand péril y compris le risque de perdre la vie.

 

Il est marié et père de 4 enfants dont deux adoptifs.

Il parle 5 langues : le kirundi, le kiswahili, le français, l’anglais, et l’allemand.

 

 

Sébastien Ntahongendera, Porte-parole du Parti CDP

 


[1] A l’origine, le mot signifie „marchandise obtenue à vil prix et souvent en contre - bande, pour être vendue à prix d’or.

Pendant les campagne de la balkanisation de Bujumbura, il signifiait „ Hutu“, en vertu du fait que l’assassinat d’un Hutu équivalait à une somme d’argent dont le montant variait selon l’importance social ou politique de la personne assassinée. Ainsi distinguait-on „iboro“ d’ikiboro“ le gros gibier.

[2] Jeunesse Révolutionnaire de Rwagasore, un mouvement intégré de L’Uprona, dont, à l’époque, tout élève était membre de fait.

 


Jeudi le 10/juillet/2008

 

LE SORT DE LA FEMME DANS LA SOCIETE  BURUNDAISE : POUR UNE LIBERATION SANS ALIENATION

 

Par Paulette Evella NIKUZE 

 

 

Je rends hommage à toutes les personnes qui ont consenti leur temps et leurs efforts pour la rédaction et la publication du livre Femmes "bâtisseurs" d’Afrique[1].

Les récits, l’exposition et les réflexions qu’il contient reflètent en effet la réalité du vécu de la femme africaine croulant sous le poids du diktat de l’inégalité des sexes à tous les points de vue (politique, économique, social, culturel etc.), tout en mettant en évidence les entraves à s’en émanciper.

Analysant le cas du Burundi, la femme n’a pas non plus été épargnée par ce fléau d’inégalité de sexes avec toutes ses conséquences.

Nous allons voir que ce phénomène prend  naissance dans la structure même de la société burundaise, une société patriarcale, où l’infériorité de la femme par rapport à l’homme a toujours été de mise, et à laquelle la femme devait, partant, se soumettre, l’homme exerçant sur elle tous les pouvoirs d’autorité, de domination et d’oppression.

Mais alors, cette réalité devrait-elle rester ainsi? Quel serait l’apport du Gouvernement et des individus dans les changements envisageables ?

La suite se veut une réponse à ces questions.

 

Même en pleine mutation, la société burundaise semble toujours envisager « à la burundaise » le rôle fondamental de mère au foyer.

Il s’indique de rappeler d’abord ce que, dans la tradition burundaise, cela signifiait « être une femme ».

 

La fille quittait trop tôt le toit paternel - A 14 ans elle était déjà « assez mûre » pour se marier- pour aller épouser un homme qu’elle ne connaissait pas, l’organisation des cérémonies de la dot et du mariage étant du ressort des parents des futurs mariés et à leur insu. La stabilité  du mariage était, entre autres, fortement influencée par la naissance d’un enfant, quand  la survie de la femme au foyer était subordonnée à la naissance d’un garçon. A cette époque où la mentalité de l’homme était guidée par l’ignorance, la femme était ainsi maltraitée, voire répudiée, non seulement pour une stérilité conjugale dont la responsabilité était d’office rejetée à la femme, mais aussi pour sa maternité « destructrice du clan », entendez le fait de ne mettre au monde que des filles. Partant, la fille se sentait toujours frustrée depuis son jeune âge du fait qu’elle était une enfant non voulue par son père, le garçon recevant toujours éloges et compliments tandis que sa sœur n’encaissait que des critiques : incapacité physique, ignorance, etc.

Soit dit en passant, cette mentalité de préférence sexiste dans la filiation  refait malheureusement surface au Burundi, à en juger par les nombreux  cas de femmes qui se font aujourd’hui massacrer par leurs époux, au motif qu’elles « ont refusé » de donner naissance aux enfants de sexe masculin. On citerait le cas de Francine de Makamba  qui, en 2004, s’est fait scier les bras par son mari parce qu’elle portait la grossesse d’une fille. C’est aussi celui de madame  Mukahigiro de la commune  Butihinda en province de Muyinga,  qui, pas plus tard que le 27 mai de cette année,  s’est fait tuer par son mari parce qu’elle venait de mettre au monde une troisième fille.

 

Qu’en est-il  maintenant de l’éducation préparatoire à  cette vie de future femme ?

 

La fille restait auprès de sa mère qui devait l’éduquer, lui apprendre certaines tâches ménagères et lui inculquer certaines valeurs comme le respect, la tolérance, la tempérance, la tendresse, la sagesse, l’acceptation de sa condition, bref, toutes les qualités susceptibles de   la préparer à être une future mère soumise et résignée. Et durant la vie de jeune fille, la moindre  erreur pouvait aller  jusqu’à vous coûter la vie. Ainsi, une fille qui tombait enceinte avant le mariage devait subir  la plus atroce des  sanctions de la part de sa  famille : sans que besoin il n’y en ait même d’identifier  l’auteur de la grossesse, elle était jetée dans l’« igisumanyenzi »un grand fossé, prête à être dévorée par les bêtes sauvages.

 

S’agissant du garçon, il devait suivre les traces de son père, qui lui apprenait les tâches réservées à l’homme.

Il ne faudrait pas comprendre à travers ceci que les tâches de ménage étaient partagées de façon équitable ;  ce n’est tout simplement que le résultat de l’orgueil de l’homme qui devait toujours faire prévaloir sa supériorité physique et exercer son pouvoir de domination.

Et la différenciation concernait tous les aspects de la vie, depuis les activités jusqu’aux attitudes en passant pas le manger. Ainsi, la femme ne pouvait  pas monter sur le toit d’une maison ; la femme n’abattait pas les arbres, etc.

S’agissant du manger, la supériorité de l’homme passait des interdictions aux interdits, le tout    reflétant toujours l’égoïsme  et la suprématie de l’homme qui a toujours voulu se tailler la part du lion   au détriment de la femme et des enfants. Ainsi, le plus gros morceau de viande était toujours réservé au père chef de la famille, tandis que les enfants et leur maman se partageaient les miettes ou même rien du tout. Par ailleurs, la femme  ne partageait pas le repas avec son mari, mais plutôt avec ses enfants dans un coin retiré. L’« igisata ca senaka » la part du repas réservée au père de la famille était respectée comme on ne peut se l’imaginer.  « kurya igisata ca senaka » (= manger la part du repas réservée au père de la famille   était même inimaginable. L’enfant qui s’en rendait coupable pouvait  être roué de coups comme il n’est pas permis ; la femme  qui s’en rendait coupable pouvait en courir jusqu’à la répudiation! « Kuba iroswa » « être voleuse de lait » (et dans sa propre maison), ça ne pardonnait  pas ; la raison était nécessaire et suffisante pour une répudiation.  Au niveau des interdits, la femme ne pouvait manger  un œuf, un poulet ou un gésier, « igitabazi » le pancréas, « urubonde » le surlonge, etc. « elle serait hantée par des forces maléfiques ». Or, Dieu sait combien au Burundi  les hommes raffolent de  ces trucs - là !

 

Voilà, en quelques mots, ce que cela voulait dire être femme dans le Burundi des temps passés !

    

Avec l’avènement d’ amajambere  « la marche en avant » comme  le Blanc nous a appris à nommer la « civilisation » dont il était censé être porteur, les écoles ont ouvert les portent aux femmes. Mais déjà, seuls les enfants des riches y accédaient, le garçon étant toujours  le plus privilégié.

 

Au fur et à mesure que les parents comprenaient le bien-fondé de l’école, les filles aussi en profitèrent, mais à un taux très bas. Il y avait alors des écoles pour garçons et celles, bien peu nombreuses, pour filles, toujours dans cet esprit de vouloir éduquer les deux groupes séparément et différemment, même au secondaire. Ce n’est que longtemps après que la mixité a commencé dans certaines écoles. Mais là aussi, le taux de scolarisation des filles restait toujours très faible, et plus particulièrement dans les milieux ruraux où la rareté des écoles, l’enracinement des mentalités traditionnelles, la pauvreté des familles et la croissance démographique constituaient un ensemble de facteurs contraignants.

 

Le contexte socio-politique n’a pas été pour favoriser le sort de la femme, bien au contraire. En effet, les  conflits ethniques  et de guerres civiles qui ont ravagé le pays depuis les années 69 n’ont pas favorisé le développement des infrastructures, ni les investissements durables, le pays ayant toujours vécu une paix précaire. Or comme le dit ce proverbe « iyo amazi abaye make aheberwa impfizi » ( quand l’eau devient insuffisante, on ne la réserve qu’au taureau ), qui traduit encore mieux ce machisme très enraciné, le peu d’infrastructures ne pouvaient que bénéficier en premier lieu aux hommes.

Soulignons que le système éducatif a été beaucoup marqué par ces conflits, de sorte que la scolarisation, l’orientation dans une école secondaire et le choix d’une faculté universitaire ont été pour longtemps subordonnés  à l’ethnie et, pour les raison qu’étaye le proverbe précité, au sexe. La fille se retrouvait ainsi doublement sanctionnée et n’accédait pas facilement à la formation universitaire. Ceci a eu pour conséquence un faible taux de représentativité de la femme dans toutes les sphères politiques et de développement dont les postes exigeaient un niveau de formation élevé que peu de femmes, vu le contexte socioculturel de leur évolution, pouvaient avoir.

 

Malgré toutes ces entraves, une grande contribution de la femme a été depuis longtemps apportée dans le développement du pays. C’est notamment  dans les domaines comme  l’agriculture, l’élevage, l’artisanat, le  commerce,  et, d’une façon ou d’une autre, l’industrie. Mais vu le poids du passé, des clichés et de la réalité, ces efforts n’ont  pas été payants ; la place de la femme et son potentiel productif en tant que grande actrice du développement socio-économique du pays sont  restés minimisés, pour ne pas dire méconnus.

 

Cette exclusion sociale  jointe donc à celle ethnique, on comprend que c’est toute l’économie nationale qui devait en pâtir. Par exemple, comme le génocide hutu de 1972 a littéralement balayé tous les hommes intellectuellement actifs ou potentiellement porteurs de l’avenir des foyers sur tous les plans alors que les femmes n’avaient que l’analphabétisme et le complexe de l’être parasite, on comprend vite que le développement économique du Burundi a subi un coup de frein, dont les séquelles ont encore de beaux jours devant elle. Et ceci n’est pas difficile à saisir si l’on sait que les femmes hutu constituent, en tout cas, au moins 85% des forces actives féminines !  Ainsi, exclure des ressources humaines  féminines  85%  de leurs effectifs, on s’imagine à  quoi ça peut correspondre sur le plan de la production  nationale tous azimuts !

 

Quand les Burundais nous diagnostiquons donc les origines de notre sous développement sur le plan macro-économique, prenons-nous assez de temps, de courage et armons-nous d’assez  d’honnêteté analytique pour tenir compte de  cette problématique ? Je parie que non.  que le bât blesse, c’est que même les pouvoirs publics n’ont pas fait la différence. Et cela ne pouvait étonner personne, dans un système chaque gouvernement, d’abord et comme par droit divin à majorité masculin, apporte des nouveautés compte tenu non seulement des conflits tribalo-socio-culturels qui ont toujours déchiré le pays, mais aussi du besoin réel des dirigeants de maintenir la stratégie protectionniste en faveur du pouvoir masculin.

 

Peut-on dire que les choses stagnent? Ce serait ingrat de ma part,  mais ce serait aussi hypocrite d’en exagérer le louange. En effet,  depuis l’avènement du courant démocratique, des progrès énormes ont été enregistrés par exemple dans le système éducatif, du primaire à l’université. Dans les discours politiques, le statut de la femme est de plus en plus tenu en compte. Le gouvernement actuellement en place a réussi à intégrer la femme dans les structures de développement du pays. Là où cela a été possible, la femme est représentée à 30%. Mais dans l’ensemble, l’absence de la femme reste significative dans mains secteurs de la vie nationale. J’en citerais au moins trois.

 

 Le Burundi n’a pas encore réussi, par exemple, à véritablement  enrôler la femme dans les forces de défense et de sécurité comme cela est observé dans certains pays. La Russe viendrait  d’accorder des bourses d’études à 40 candidats pour une formation en matière de sécurité publique. Vous compterez le nombre de femmes qui partiront ; vous m’en direz les nouvelles!

 

Un autre secteur, c’est l’enseignement supérieur. Il reste la chasse gardée d’abord et bien sûr  d’une ethnie, et, mutatis mutandis, d’un genre.

 

Enfin, le contexte socioculturel du pays ne permet pas encore de rendre opérationnelles certaines revendications. Il en est ainsi du droit à l’héritage. Ici je m’attarderai un peu.

 

En effet, si dans les familles évoluées le père peut actuellement prévoir son testament en permettant à tous ses enfants de jouir de sa richesse de façon équitable, le droit matrimonial et le droit de successions offrent très peu d’avantages à la femme mariée. La femme, par tradition, n’a pas un chez-soi : n’héritant  jamais de son père, elle quitte la maison paternelle les mains vides pour aller vivre avec son mari. Par contre, ses frères vont construire leurs propres maisons généralement à côté de celle de leur père, sur les terres héritées de ce dernier. Or, même où elle va vivre, la femme n’aura droit à rien puisque tous les biens du ménage sont administrés par le mari. C’est ce dernier qui décide ; même le droit d’aliénation lui appartient. La femme passe toute sa vie à faire progresser le foyer. Pourtant, le jour où elle va être répudiée, elle va partir les mains vides comme elle est venue. Et comme elle n’aura rien hérité de son père, c’est son frère qui la casera - selon son tempérament puisqu’il en est qui le refusent-, en lui taillant sur son héritage un petit lopin de terre, juste ce qu’il lui faut pour pouvoir survivre.

 

Compte tenu de cette situation, des revendications ont eu lieu ; des projets de textes ont été depuis longtemps proposés pour étude, mais les dirigeants ne se sont pas encore prononcés là-dessus, tellement la question reste controversée : si la femme revendique le droit à l’héritage, le garçon trouve cela injuste, arguant le fait que la femme jouira de la richesse de son mari en même temps qu’elle aura hérité de son père, alors que le garçon,  lui,  n’a rien au départ. C’est une protestation sans rime ni raison puisque sa femme aura, elle aussi, hérité de chez ces parents,  si bien que ce qui se sera perdu ici se fera récupérer là-bas!

 En tout état de cause, les parents doivent comprendre que tous les enfants naissent égaux, qu’ils restent tous membres d’une même famille même après le mariage, et qu’ils doivent accepter de partager  le peu qu’ils reçoivent comme héritage de leurs parents.

 

Dès que la femme a senti le besoin de se réaliser et de s’épanouir, quelques associations féminines ont commencé à voir le jour pour militer au changement, tandis que certains messages étaient véhiculés à travers les médias et autres créations artistiques comme  les pièces de théâtre, etc. La femme a ainsi trouvé l’opportunité de s’exprimer et de revendiquer ses droits. La femme burundaise continue encore à porter sa voix le plus loin possible pour se faire entendre ; elle continue à se battre pour qu’un jour le gouvernement puisse lui reconnaître un taux de participation  logique et apprécié à sa juste valeur dans la construction du pays. Malheureusement, il se fait que  toutes ses revendications se heurtent au problème de « l’évolution des consciences à deux vitesses » : comme le Burundi présente toujours malgré les pas franchis dans l’évolution socio-économique de grandes disparités entre les zones urbaines et celles rurales (et c’est ici que « Tuve i Buja » que prône le CDP est finalement plus qu’un slogan!), l’épanouissement de la femme est beaucoup mieux compris par la femme évoluée, celle de la ville. La femme rurale reste confinée dans son statut de femme à tout faire sans connaître le repos et résignée face aux abus physiques,  économiques,  sexuels... qu’elle subit.

 

Certes, la question de l’indépendance économique joue un grand rôle dans la libération de la femme. Mais il me semble que l’épanouissement mental et l’indépendance  économique sont plutôt dans un rapport d’interdépendance dialectique : si la femme burundaise aspire à son indépendance financière et à son épanouissement social, le changement de son statut socio-économique et politique ne peut avoir lieu dans un système enfermé dans une tradition aux fait et gestes qui la nient ! Autrement dit, une femme sous développée économiquement ne peut se développer culturellement, mais non plus, une femme inculte ne peut se développer économiquement. Il ne s’agit pas ici pas de la dialectique de la causalité du genre « l’œuf et la poule » ; dans notre cas, les deux, à savoir l’épanouissement socioculturel et le développement économique, peuvent naître concomitamment et grandir ensemble comme deux jumeaux, il suffit de les «élever » dans ce genre de cadre qui développe le sujet  sans le déraciner ! Actuellement, certaines idées doivent être bannies afin d’étudier la question relative au statut de la femme en la plaçant dans un contexte social moderne, réaliste et évolutive. Et c’est sur cette nuance que je voulais insister, avant de clore mon propos. 

Quand on a parlé de revalorisation de la femme, certaines femmes  ont compris ce que la langue française appelle « femme qui porte la culotte », c’est- à - dire qui gouverne de main de fer le foyer, qui décide tout en lieu et place de son mari, avec ou sans concertation.  Ça ne passe pas ! Non seulement ce n’est pas africain, mais aussi ce n’est pas fait pour le bonheur des foyers ! Et quand certaines femmes ont entendu « émancipation », elles ont cru qu’une femme émancipée est celle qui gifle son mari en public, qui s’en va au disco et rentre quand bond lui semble, qui pipe la cigarette devant son papa, qui n’a jamais tord ...! Oui comme on le voit ailleurs !

D’accord qu’ailleurs on le voit ! Mais est-ce agréable à voire ? C’est pourquoi je dis que la femme burundaise doit s’émanciper pas « à la burundaise » - car une émancipation à la burundaise, c’est comme une démocratie à la burundaise ; il n’y en a pas !-, mais  comme une femme Burundaise. D’ailleurs, le terme « épanouissement » convient mieux que « émancipation », qui est bien galvaudé. La femme africaine en général et la femme burundaise en particulier ont plus besoin de s’épanouir que de s’émanciper au sens occidental du terme. Par cette nuance, j’attends de la femme Burundaise une ascension qui s’effectue dans une dynamique qui sauvegarde nécessairement la dignité et certaines autres valeurs humaines qui ont bâti le Burundi, dont  « ubuntu » l’humanisme, « urupfasoni » la déférence, et, comme vertu supérieure, « ubushingantahe » la sagesse, que certains réduisent  malheureusement  à « ubugabo» la masculinité, ce qui connote un machisme inepte en filigrane, et qui dissimule mal la volonté de pérenniser l’empire masculin!

 Toujours dans le sens de regretter la mauvaise intégration du concept d’émancipation dans nos valeurs, je dois dire que même celles qui voudraient en faire leur philosophie de vie risquent d’échouer : le concept de l’émancipation à l’occidental, avouons-le, pourrait difficilement marcher pour la femme africaine en général et celle burundaise en particulier, dans la mesure où, d’ici deux générations, 70% de femmes ne pourront pas être en mesure de se prendre en charge à 100% !

Ceci dit, même dans sa pauvreté, la femme doit bénéficier d’un minimum de protection  effective par des lois clairement élaborées qui lui garantissent certains droits. Il en sera ainsi en matière de divorce. Des mesures protectrices devraient figurer dans une loi claire, précise et restrictive, notamment que tous les enfants naissent égaux et qu’ils ont tous droit à l’héritage familial.

 

Toujours faisant référence à notre culture, je dois dire un mot sur les modalités de ce partage, en cas d’héritage : pas de partage égalitaire, par exemple au niveau des biens fonciers ! Mais la fille doit avoir droit à une parcelle de fonds de terre qui, même petite, pourra contenir au minimum une maison et un jardin de telle manière qu’elle puisse avoir un chez-soi « ingo zimugoye » (= si  la vie conjugale lui donne du fil à retordre),  pour utiliser l’euphémisme des Burundais en cas de répudiation de la femme, expression usitée y compris quand la femme n’y est pour rien ! 

 

Au total, l’heure est arrivée d’ouvrir les yeux et de voir dans la femme, de par toutes les qualités maternelles et humaines qu’elle incarne, une personne à volonté déterminée et, partant, indispensable pour un développement durable. Aussi longtemps que la femme continuera de vivre dans cette chronique dépendance économique, elle ne pourra jamais atteindre le plein épanouissement.  Mais en retour, cette indépendance économique ne pourra être atteinte sans un minimum d’évolution de l’esprit par rapport au poids de la tradition. La vérité est que les femmes ne sont pas assises ; elles cherchent à s’impliquer. Aux autres de les soutenir et de les aider dans cette évolution. Et à la limite, je suis   convaincue que face à la cécité populaire, un bon gouvernement doit même  savoir imposer le développent national à ceux  que certaines entraves sociales, culturelles, historiques et politiques empêchent de se développer d’eux – mêmes, si celui-ci ne veut pas s’enfermer dans la quadrature du cercle   « développement du pays sans le peuple ». Et c’est ce paradoxe qu’entre autres le CDP refuse, quand il parle de « développement du pays  avec le peuple et non à côté du peuple ».

Tenant compte alors de certains obstacles et contraintes qui restent de taille comme les problèmes liés à la maternité, l’évolution lente de la technologie pour l’économie du temps, l’analphabétisme de la grande partie de la population féminine, le faible pouvoir d’achat et les maladies graves comme le SIDA..., le statut de la femme burundaise évoluera au rythme et en fonction des mécanismes dont se dotera le pays afin de pouvoir surmonter tous ces défis, et non en en faisant un alibi pour un développement à deux vitesses. 

Vu sous l’angle du CDP, tout cela sera concrétisé par l’application du projet de société TUV’I-BUJA, dans le respect des valeurs culturelles positives, c’est-à-dire en mettant au rancart tout côté culturel qui entrave le développement du peuple.

 

 

 



[1]Ouvrage collectif, Québec, Musée de la Civilisation, 2000, Lisette Ferera (sous la direction de)     



Jeudi le 10/juillet/2008

BERCEUSE D’UNE VEUVE PRIMIPARE

 

A un enfant inconnu, née à Kamenge le 29 avril 1994

 

Extrait de Les échos des caveaux, un recueil de poèmes inédits

 

Il grêlait  mais on fondait en sueur, 

Et d’insolation on grelottait,

Au milieu des milliers de  croix,

Elevées en une seule journée.

Sur des fossoyeurs téméraires

Tombèrent flammes  tumulaires,

Quand les zombies chantaient déjà 

Les élégies de l’apocalypse.

Les bombes  tombent sur les tombes ;

L’on se cherche nul ne se trouve.

Du pipi dans les puits pollués,   

Dans ce cimetière de Carama !

On abandonne le mort aux morts,

Qui se chargent d’enterrer leur mort,

Et on ne demande pas nos restes.

 

Tu t’appelles Minyúrano.

 

Je suis retournée à Kamenge

Y attendre la joie de ma douleur.   

Les heures de mille minutes chacune 

Serpentent dans la nuit blanche.

Il te restait seulement  quelques heures,

Avant de quitter ton paradis,

Pour entrer dans ton enfer,

Quand une  pluie de bombes tomba,

Cette fois dru dans mes entrailles.

Et les planètes de nous  choir dessus, 

Dans mes cris de la joie puerpérale. 

Les flammèches comme des incubes,

Lèchent mon faciès, ricaneuses.

Je les balaie du revers de ma main ;

Je tiens le front face à ses salves,

Comme face aux  pluies et à la grêle,

Les bouviers initiés d’Ijēnda ,

Quand ils s’affairent à aider à mettre bas

L’inyambo la vache de race royale.

 

Tu t’appelles Minyúrano.

 

Des flèches  saccadées aux mèches assoiffées

Logent dans les flancs des hommes nus.

Beaucoup parmi eux  tel  ton père,  

Viennent de semer  dans une âme sœur

Les grains de l’amour  tout  à  l’heure,

Mais dont  la serpe  des temps qui tanguent,

S’entête à précocer  la moisson.

 

Tu t’appelles Minyúrano.

 

Nous avons  clopiné toi moi et mon cœur,

Tournoyant dans Kamenge le Massada,

Kamenge  la cité des marrons.

On s’arrête toi moi et mon cœur  ;

On mande enfin Mère - Socrate,

La professeur de la  maïeutique. 

Puis je me mets au boulot.

Des bobards bourrés de kérosène 

Créent longues queues devant les W.-C. ;

Des transistors aux tempes plâtrés,

Rapportent en direct la campagne,

Et dissuadent plutôt Mère - Socrate. 

Elle démissionne et nous laisse là.

Les bras m’en tombent ! 

Un rhinocéros vient qui  ronronne,

Et qui avance traînant  sur son dos ,

Sept épines et sur sa tête sept cornes,

Qui se pointent à la mère de l’espoir,

Et tournent comme des girouettes.

Il a vomi par ses cornes, le dragon,

Et une voix haute a retenti :

 

                   Malheur aux gens de Massada ;               

Un rhinocéros est dans la cité !

 

Les épines débarquent et  avancent,

Bras dessus, bras dessous,

Comme l’incube et le succube,

Les diables qui nuitamment volent l’amour.

Le rhinocéros avait défoncé sans coup férir

La citadelle de la Cité des Marrons.

Des vagues de la mer  de Dieu font couler,

Tel sur la Mer Rouge les sicaires de Pharaon, 

Le monstre et les ronces qui le montent.

Nous progressons convoyés par un ange,

Par un ange dans la fange de Tenga.

C’est le maquis où tu naquis.

 

Tu t’appelles Minyúrano.

 

Je fus une femme dans les flammes ;

Je suis la mère de Cessez-Le-Feu.

Tu n’es pas l’enfant des sages-femmes ; 

Tu es l’ombre de l’arganier,

 Où s’abritent les mères contre les mers.  

Je t’ai puisé à la fontaine larmoyante,

Où s’abreuva une soif cardiaque,

Qui n’a étanché sa noble soif

Que pour un arbre d’amour planter,  

Sans avoir le temps de le sarcler, 

Mais  qui, l’amour que je lui dois aidant,

A grandi comme un baobab. 

Je suis la mère des adieux précoces,

Toi  l’arbre de la réconciliation.

                  

Tu t’appelles Minyúrano.

 

« Belle, belle ; sucrée,  sucrée ;

Belle, belle comme le jour ;

Belle, calme comme le charme,

Le charme d’une femme primipare »,

Me rabat  les oreilles d’un cœur fané

Un adulateur de l’adultère ;

Ment un hypocrite à une veuve neuve,

Qui sans haine au cœur ni rancœur,

N’a d’amour que pour un voyageur,

Un voyageur n’ayant point de retour.

Je n’ai d’ami que mon spleen ;

Je n’ai d’amant que toi,  Prémices.

 

Tu t’appelles Minyúrano.

 

Dans le sommeil purificateur,

J’ai vu les colombes et les faucons

Se prosterner devant ta lance.

Donne leur ces chalumeaux de l’amour

Et le philtre de la résilience,

Et le grigri da la réconciliation.

La  vigne a vu mes  vœux,

Le Dieu de l’amour mes prières. 

Le vin libérateur est prêt ;

Le sang et le vin vont amollir le moellon.

Un pont cuirassé va s’élever.

On le bâtira entre Ngagara et Kamenge ;

On l’appellera  Pont Minyúrano.

 

 

Sébastien Ntahongendera

 

 

 

 

 

 


Vendredi,  4 juillet 2008

 

DE L’INTERPRETATION ERRONEE D’UN POINT SUR L’IDEOLOGIE DU CDP PAR LA RADIO ISANGANIRO

 

Après la libération de son Président qui venait de passer une semaine en garde à vue, le CDP n’a pas cessé de  faire parler de lui. Malheureusement, cela n’a pas toujours été de bonne aloi, à l’image de  ce que, dans ses publications de samedi le 26 et dimanche le 30,  la radio privée  Isanganiro nous a laissés entendre. Mettant à profit le sens de l’écoute et  du discernement qui nous caractérise, nous n’avons pas voulu réagir à chaud, surtout que d’autres dires, les uns plus pertinents que les autres, nous arrivaient d’autres sources ; nous avons voulu y réserver une même réplique, pour ne pas avoir à dire plusieurs fois la même chose.

 

Commentant d’une drôle de  manière méthodologique un pilier parmi tant d’autres qui font l’épine dorsale du CDP, un journaliste de Radio Isanganiro ne s’est pas privé de lui faire dire l’exact contraire de ce qu’il dit !  Et non seulement il a fait montre d’une très mauvaise et dangereuse lecture d’un des points de l’idéologie du CDP, mais aussi a  joué aux juges de la Cour d’Appel en prononçant contre le président du CDP emprisonnement et amandes.

 

Que dit d’abord, pour commencer, ce pilier ?

 

« LA SOLIDARITE INTRA-ETHNIQUE HUTU D’ABORD COMME PREALABLE DE TOUT AFFRANCHISSEMENT, CELLE INTRA-ETHNIQUE ENSUITE COMME MODALITE DE DEVELOPPEMENT POUR TOUS ET NON COMME UN DEVOIR DE RECONNAISSANCE D’UN EX-ESCLAVE A SON EX-MAITRE ».

 

D’après  l’interprétation du journaliste, ce point va à l’encontre de la Charte de l’Unité Nationale et, partant, de la Constitution.

L’argumentaire du journaliste souffrait d’un manque de rigueur, d’abord au niveau de la forme. Je ne l’apprends à personne, c’est trop facile d’isoler un élément de son ensemble et de faire planer l’esprit dans les cieux de votre choix pour parachuter  des conclusions taillées sur votre mesure.  Au niveau du CDP, nous sommes suffisamment outillés pour ne pas nous laisser prendre par ce genre de procédé paralogique, que Norman Baillargeons, dans son Petit cours d’autodéfense intellectuelle, qualifie d’ailleurs de « hareng fumé », c’est-à-dire flâner  comme la fumée et